‹ Marie StuartChapitre 185 sur 231 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

Tunique moyen de protéger sa personne contre les embûches de ses ennemis. Elisabeth sourit de nouveau, fit semblant de s'occuper d'une autre affaire, puis elle lui ordonna de porter le warrant au chancelier, 'pour qu'il y apposât le grand sceau et qu'il le fît remettre aux personnes chargées de présider à l'exécution. Elle ajouta que ceci devait être fait aussi secrètement que possible, car il pourrait être dangereux pour elle que la chose fût connue publiquement avant le jour de l'exécution '. « Chemin faisant, lui dit-elle en souriant d'un air sinistre, vous passerez chez Walsingham pour lui montrer le warrant. Malade comme il est, je crains que la peine qu'il en ressentira ne le tue sur le coup. » Après cette cruelle plaisanterie, elle déclara à Davison que l'exécution de la reine d'Ecosse ne pouvait être publique, qu'elle ne devait même pas avoir lieu dans la cour ouverte et plantée d'arbres de Fotheringay, mais dans la grande salle basse du château. Enfin, elle ordonna qu'on ne vînt plus la troubler à ce sujet, et que l'on fît en sorte qu'elle n'entendît plus parler de rien jusqu'à ce que tout fût consommé , ajoutant que, pour sa part, elle avait fait tout ce que pouvaient exiger d'elle la raison et la loi*.

Le seci'étaire était occupé à ramasser ses papiers et sur le point de se retirer. Elisabeth le retint. Elle avait attendu le dernier moment pour lui dévoiler le fond de sa pensée. Elle se plaignit amèrement de Paulet et de ses autres conseillers. « Ne devraient-ils pas mieux comprendre, dit-elle, l'esprit de l'association dont ils sont membres, pour me dégager de cette énorme responsabilité? Ne vaudrait-il pas mieux pour moi courir un danger personnel que d'ôter la vie à une parente? Mais

1 HosACK, t. II, p, 453.

~ Défense de Davison, rédigée par lui-même, Caligula, C. ix, fol. 470; imprimée dans l'Appendix A, Life of Davison by sir Harris Nicolas; Davison s Apology, dans Ghalmers, t. III, p. 616-620; Tytler, l. VIII; Jules Gacthier, t. II ; llosACK, t. II, p. 453.

si un loyal sujet me tirait d'embarras en frappant de sa main , ainsi pourrait être désarmé le ressentiment de la France et de l'Ecosse. Sir Amyas Paulet et Drury sont membres de l'association, poursuivit-elle : ne saurait-on faire en sorte que tout l^lâme fût écarté de ma personne , si , vous et Walsingham , vous vous entendiez pour leur écrire conjointement, afin de sonder sur ce point leurs dispositions?

— Ce serait peine perdue, lui répondit Davison, et il est certain qu'ils refuseront, le Statut ne les protégeant qu'autant qu'ils agiraient d'après un ordre formel de Votre Majesté. »

Elisabeth insista, et lui dit d'une voix ferme et claire que cette affaire devait être expédiée secrètement et promptement, car sa vie était sans cesse exposée aux plus grands dangers '.

Davison, fort peu satisfait, mais se croyant pleinement à couvert par le warrant signé de la main royale, consentit au criminel message et promit de le transmettre sur-le-champ aux deux gardiens de la reine d'Ecosse ^.

Pendant cette scène, Elisabeth avait montré par son calme effrayant, par ses insinuations et ses railleries, toute la profondeur de sa perversité. Endurcie par la raison d'Etat, elle était inaccessible aux troubles de la conscience. Elle n'avait point une de ces âmes dont Shakspeare a dit que « les actions contre nature produisent en elles des désordres contre nature. » Les terreurs de lady Macbeth devaient la faire sourire de pitié. Avec quelques nuances de caractère, elle était de la trempe

1 Davison's Âpology, dans Chalmebs, t. III, p. 620 et G21 ; Life of Davison by Harris Nicolas; Tytleb, t. VIII; Jules Gauthier, t. II; Froude, t. VI.

2 Life of Davison by sir H. Nicolas, Âppendix, p. 273. Elisabeth espérait que Paulet, qui, dans ses lettres, avait tant de fois montré sa cruelle impatience de voir mettre à mort légalement la reine d'Ecosse, consentirait à la faire expédier lui-même dans Fotheringay. C'est ce désir qu'il avait montré si souvent qui explique la tentative que firent Davison et Walsingham auprès de lui par l'ordre exprès d'Elisabeth.

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