CHAPITRE VINGTIEME
Malgré son fanatisme sans pitié , Paulet n'était pas vin assassin. Il accueillit par un noble refus l'épouvantable mission dont le chargeaient Walsingham et Davison au nom d'Elisabeth ' .
pas noble, mais que c'était naturel et pardonnable ». History of England, vol. XII, p. 241.
La copie de cette lettre par Hearne se termine par cette note de M. Gwyn : K J'ai copié cette lettre en décembre 1717, d'après un manuscrit in-folio contenant les lettres de sir Amias Poulet (ainsi que les réponses à ces lettres), lorsqu'il était gardien de la reine à Fotheringay. Ce livre manuscrit appartient à Jolin, comte Poulet, son descendant immédiat. On trouve aussi dans ce manuscrit un récit particulier du procès et de l'exécution de la reine d'Ecosse, qui semble avoir été rédigé par sir Amyas lui-même. » (John Morris, The Leiter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 360.) Ce Registre n'ayant pu être retrouvé, la Relation du procès et de l'exécution par Paulet est aujourd'hui inconnue. — Le 8 février suivant, Paulet écrivait à Davison qu'il lui porterait incessamment à Londres sa fameuse lettre, qu'il n'avait pas brûlée, disait-il, afin de pouvoir la lui rendre en main propre. Toutefois, il avait eu soin d'en garder copie, et c'est d'après cette copie très-authentique qu'elle est parvenue jusqu'à nous. (Morris.) Hearne l'a imprimée pour la première fois dans son Robert of Gloucester. Freebairn, dans sa Life of Mary Queen of Scots, dit qu'une copie, transcrite d'après les originaux, fut envoyée au docteur Mackenzie par M. John Urry de Christ Ghurch Oxford. Mais c'est évidemment une erreur, puisque l'original fut rendu par Paulet à Davison ; cette copie n'avait pu être prise que dans le Registre de correspondance de Paulet. Une autre copie de cette lettre, de la main de lord Oxford, est à la Ribliothèque harléienne; elle est de 1725. Il existe encore aujourd'hui un descendant direct du gardien de Marie : c'est le comte Powlet; mais il ne possède pas de papiers de son aïeul. Morris, p. 357.
* On peut être certain que, s'il eût obéi aux ordres criminels d'Elisabeth, elle lui eût laissé toute la responsabilité et que son sort eût été pire que celui de Davison. Elisabeth ne lui pardonna jamais d'avoir refusé de se dévouer pour elle. Il est vrai qu'il fut fait chancelier de l'ordre de la Jarretière en avril 1587, un mois après l'exécution de la reine d'Ecosse ; mais il ne garda pas ce poste une année entière. On lui laissa seulement sa modeste capitainerie de Jersey, et il végéta jusqu'à sa mort. Une lettre de lui, adressée au grand amiral, est ainsi datée : « De mon pauvre logement de Fleet Street, le 14 janvier 1587 » (1588 n. s.) ; une autre est datée : « De ma petite maison de Twickenham, le 24 avril 1588. » Vaines plaintes! II s'adressait a une maîtresse qui n'eut jamais aucun souci de la misère de ses plus dévoués serviteurs. Il mourut pauvre, le 26 septembre suivant. Il fut enterré à
« A votre lettre d'hier, leur disait-il, arrivée entre mes mains aujourd'hui à cinq heures après midi, je ne manquerai pas de répondre conformément à vos ordres et avec toute la diligence possible. Votre lettre m'a jeté dans un grand trouble et une grande amertume, et je m'estime bien malheureux d'avoir vécu jusqu'à présent pour voir ce jour néfaste où, par ordre de ma très-gracieuse souveraine , on me requiert d'accomplir un acte que réprouvent Dieu et la loi. Tous mes biens et ma vie même sont à la disposition de Sa Majesté, et je suis prêt à les perdre dès demain, s'il lui plaît, reconnaissant que je ne les tiens que de sa pure et gracieuse faveur et ne désirant en jouir qu'avec son bon plaisir. Mais Dieu défend que je livre ma conscience à un si triste naufrage et que je lègue à mes enfants un tel déshonneur, en faisant couler le sang en dehors de la loi. Je suis persuadé que Sa Majesté, avec sa clémence habituelle, recevra en bonne part cette réponse qui m'est dictée par mon devoir ^ . »
Drury approuva de sa main , au bas de la lettre, les sentiments de son collègue ^ Cette letti-e fut écrite le 2 février au soir. Dans la matinée du jour suivant, Elisabeth envoya à Davison l'ordre pressant de se rendre auprès d'elle , et elle lui demanda avec vivacité s'il avait porté au chancelier le warrant pour l'exécution.
Sur sa réponse affirmative : « Pourquoi vous être tant pressé? s'écria-t-elle d'un ton brusque et sévère qui le glaça d'effroi.
— J'ai obéi, répondit timidement Davison, aux ordres de
Londres dans l'église de Saint-Martin in-the-Fields , où on lui éleva un splendide mausolée, avec une épitaphe qui rappelait sa sagesse et ses vertus.
1 Hearne's Robert of Gloucester, vol. II, p. 675 ; Tytler, vol. VIII; Jules Gauthier.
2 Chalmers, t. III, p. 629 et 630, cité par Jules Gauthier; Hosack, t. II, p. 456.