‹ Marie StuartChapitre 188 sur 231 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

Votre Majesté , et j'ai pensé qu'il n'y avait point à différer en une affaire de cette importance.

— C'est vrai, reprit Elisabeth, mais il me semble qu'il y aurait un meilleur et plus sûr moyen d'en finir. »

— A quoi Davison répliqua que , puisque l'exécution devait avoir lieu, la voie honorable était en même temps la plus sûre '.

De plus en plus inquiet de l'étrange langage de sa maîtresse, il courut faire part de ses soupçons et de ses craintes à Hatton et au grand trésorier. Burghley, retenu chez lui par la goutte, fit appeler en toute hâte les membres du Conseil. Il craignait qu'Elisabeth ne revînt sur sa résolution, et il fit tous ses efforts pour leur faire partager son avis. La reine, leur dit-il, avait signé le warrant; elle avait donc accompli tout ce que la loi exigeait d'elle. Mais elle tenait essentiellement à partager la responsabilité d'un tel acte avec ses conseillers. «Pour moi, dit Burghley, je regarde l'exécution comme absolument nécessaire; mais je ne puis agir seul; et si le Conseil veut me soutenir, je suis prêt à risquer l'aventure. Peut-être, ajouta-t-il d'un ton résolu, si ce n'est pas fait maintenant, ce ne sera jamais foit. » Tous les membres se laissèrent entraîner à l'avis de Burghley ; parmi eux se trouvaient trois catholiques , anciens partisans de Marie Stuart : Howard, Cobbam et Derby. Le jour même Burghley rédigea, au nom de tous les membres du Conseil, qui la signèrent, une lettre pour le comte de Shrewsbury , grand maréchal d'Angleterre , lequel , en cette qualité , devait présider à l'exécution. Elle renfermait le warrant^. Une lettre semblable fut écrite pour le comte de Kent. Mais, ce jour-là, aucun des membres n'osant prendre sur lui cette

* Davison s Apalogj, in Life of Davison, Appendix A; Tytler, vol. VIII.

^ Outre la signature de Burghley, elle portait celles de Leicester, Hunsdon, Rnollys, Walsingham, Derby, Howard, Cobham, de Christophe Hatton et de Davison.

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dangereuse mission, sans en prévenir Elisabeth, tout envoi fut suspendu '.

Dans cet intervalle , la réponse de Paulet était arrivée ( le 4 février) ; et comme Walsingham, qui ne le cédait à nul de ses contemporains pour la ruse et pour la perversité , feignait d'être cloué au logis par une maladie^, en réalité toute politique, la tâche de communiquer cette lettre à la reine retomba sur Da vison. Le 5 février, dans la matinée , Elisabeth le fit appeler, et, poussant à bout la duplicité et l'effronterie, elle lui raconta que , la nuit précédente , elle avait rêvé qu'elle le punissait pour avoir été cause de la mort de la reine d'Ecosse. Elle ajouta avec un perfide sourire qu'elle avait été si péniblement obsédée par ce rêve que, si elle eût eu une épée sous la main, elle l'en aurait percé de part en part. Davison , effrayé du ton extraordinaire de sa voix et de l'ambiguïté de son langage , lui demanda si elle était décidée ou non à faire exécuter la reine d'Ecosse. « Oui, par la mort de Dieu! » s'écria-t-elle

1 Ellis's Letters, 2« série, vol. III, p. 111 et 112; Tytleb, vol. VIII; Jules Gauthier, t. II. « Burghley, qui tenait dans ses mains le warrant, dûment signé par la reine et scellé du grand sceau, tremblait à chaque instant qu'elle ne le mît en pièces comme elle avait fait deux fois de l'ordre d'exécution du duc de Norfolk. Il connaissait la lettre que l'on avait écrite à Paulet, mais, comme Davison, il prévoyait un refus, et, dans la crainte que la reine ne changeât de résolution, sans même attendre la réponse de Paulet, il réunit ses collègues le 3 février, plaça devant eux la sentence d'exécution, les informa que leur maîtresse avait fait tout ce qui était requis par la loi, et qu'ils n'avaient plus à faire que leur devoir, en obéissant à ses ordres, sans l'inquiéter autrement de l'affaire. De plus, il proposa que, dans une affaire d'une telle importance, tous les membres du Conseil devaient se réunir et supporter la responsabilité de l'acte, au cas où, dans l'avenir, il s'élèverait quelque contestation à ce sujet. Les propositions de Burgliley furent adoptées à l'unanimité par ses collègues, et il fut décidé que Beale, le secrétaire du Conseil, porterait l'ordre aux comtes de Kent et de Shrewsbury, chargés de le faire exécuter. » Hosack, t. II, p. 458.

2 M. Froude le fait assister par erreur au Conseil tenu par Burghley. Wal singham était trop rusé pour s'y trouver.

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