‹ Marie StuartChapitre 193 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME

sang et endurer tous les plus cruels tourments que l'on pourrait lui proposer ' » .

Elle demanda avec instance, et comme une grâce suprême, qu'on lui rendît son aumônier, qui était dans le château, afin qu'il lui donnât les dernières consolations et qu'elle pût mieux se préparer à la mort^.

Elisabeth avait envoyé sur ce point aux commissaires des ordres impitoyables ^ Ils rejetèrent la prière de Marie, sous

1 Journal inédit de Bourg oincj ; La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb t. II, p. 609 à 669.

3 Ici doivent trouver place de curieuses remarques de M. Hill Burton sur les dispositions intérieures de Marie Stuart : « Durant toutes ses dernières années, dit-il, elle fut la placide et docile enfant de l'Eglise. Si elle conspirait, c'est parce que l'Eglise l'appelait à mêler ses destinées avec son glorieux triomphe sur l'hérésie et le schisme. Toutefois, dévote ardente comme elle l'était de la vieille Eglise, nous ne trouvons pas qu'individuellement les prêtres aient eu beaucoup d'influence sur elle. Sa correspondance avec son favori, l'évêque de Ross, était d'une nature purement séculière, et ils s'entretenaient l'un l'autre de matières du monde. Il n'était question de rien à ce sujet, excepté, officiellement, de son confesseur et du désir qu'elle avait du confessionnal. » The History of Scotland, t. V.

^ M. Tytler a supposé que le refus de rendre à Marie Stuart son aumônier ne doit être attribué qu'au fanatisme du comte de Kent; mais, comme l'aumônier, d'abord rendu à la reine d'Ecosse à son arrivée à Fotheringay, lui avait été retiré depuis quelque temps, l'ordre de ne pas le lui envoyer au moment de son exécution ne put venir du seul comte de Kent. Il ne vint pas non plus de Paulet, comme l'a cru M. Hosack.

« Le refus qu'on lui fit, dit le plus récent historien de l'Ecosse, M. Hill Burton, des services d'un prêtre pour lui offrir les consolations de sa propre religion, et les vains efforts que l'on tenta pour lui imposer les services détestés d'un hérétique, resteront dans l'histoire comme une de ces cruautés accessoires, inutiles, commises sous l'influence du zèle religieux. Mais peutêtre, ajoute-t-il, la privation ne fut-elle pas aussi vive qu'on le suppose ; son expiation était faite, et l'Eglise verrait que c'était efficace. Cette Eglise avait dans ses pleins pouvoirs de rectifier les erreurs, si, comme on l'affirme, Marie avait en sa possession l'élément pour le viatique, spécialement consacré par le pape. Elle avait une protection plénière contre tout ce que la malice de ses ennemis pouvait effectuer par le refus d'un confesseur... « On a peine à concevoir, au siècle où nous sommes, ce ton ironique et fanatique en pareil

prétexte qu'une telle tolérance blesserait leur foi et leur religion. A ce dernier trait de cruauté, elle témoigna la plus douloureuse surprise. « Il est de notre devoir, dirent les comtes, d'empêcher de telles abominations qui offensent Dieu. » Et ils lui offrirent de nouveau le ministre, prétendant qu'elle recevrait de lui « grand contentement » .

« Non, je n'en ferai rien, répondit-elle avec véhémence, et je n'ai que faire de lui ; je ne veux ni le voir, ni l'ouïr, et qu'on ne se mette pas en peine davantage de me persuader. Je vois bien qu'on tâche de me faire perdre l'âme avec la vie, si l'on pouvait, mais il ne s'en fera rien; ains j'espère que Dieu aura merci de moi, car je me suis déjà préparée. Il connaît mon cœur, ma volonté, mon intention, et quels sont mon désir et ma résolution; il me secourra et me pardonnera mes fautes. Je m'étonne de ce qu'à la fin, lorsque j'avais plus besoin de mon prêtre, on me le dénie; je l'avais demandé spécialement pour m'assister à ma dernière fin; la reine d'Angleterre me l'avait accordé et l'avait laissé venir par devers moi, et, depuis on me l'a ôté et empêché de venir au temps le plus nécessaire, chose trop cruelle et inhumaine, et indigne des Anglais '. »

sujet. La vérité est que Marie n'eut pas la consolation de communier avec une hostie consacrée que lui aurait envoyée le pape. Ce fait n'est mentionné par aucun des serviteurs de la reine, qui n'eussent pas manqué de le consigner dans leurs Relations des derniers moments de Marie Stuart. 11 n'en est question que dans les Dames illustres de Brantôme, qui prétendait tenir la plupart des circonstances de son récit de deux dames d'honneur de la reine, dont il cite les noms. Or ni l'une ni l'autre de ces deux personnes ne se trouvait auprès de Marie Stuart à cette époque de sa vie, et, d'autre part, l'envoi de la prétendue hostie consacrée par le pape est de toute invraisemblance et de l'invention du spirituel conteur.

1 La Mort de la royne cl' Ecosse, Jebb, t. II. Ces mêmes paroles que nous donnons à la première personne du présent de l'indicatif, et qui sont dans le texte à la troisième personne de l'imparfait, se trouvent textuellement, mais un peu en abrégé, dans le Journal inédit de Bourgoing. Comme nous l'avons dit, plusieurs historiens ont supposé que Bourgolng est l'auteur de la lielatio

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