‹ Marie StuartChapitre 198 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME

Advisez-moi de tout ce que vous penserez pour mon salut par écrit. Je vous enverrai un dernier petit token \ »

Elle e'crivit ensuite de sa main un long testament pour faire acquitter d'abord toutes ses dettes, et, sur ce qui restait, elle fit des legs à tous ses serviteurs, se réglant bien plus sur leurs besoins que sur leurs mérites. Elle choisit pour- ses exécuteurs testamentaires le duc de Guise, l'archevêque de Glasgow^, l'évéque de Ross, et du Ruisseau, son chancelier*. Puis, sans quitter la plume, elle termina cette lettre commencée la veille et adressée à son beau-frère, Henri III ^ :

« Monsieur mon beau-frère, étant, par la permission de Dieu, pour mes péchés, je crois, venue me jeter entre les bras de cette reine, ma cousine, où j'ai eu beaucoup d'ennuis, passé plus de vingt ans, je suis enfin par elle et ses Etats condamnée à la mort; et, ayant demandé mes papiers, ôtés par eux, pour faire mon testament, je n'ai su rien retirer qui me servît, ni congé d'en faire un autre testament, ni que, après ma mort, mon corps fût transporté, selon mon désir, en votre royaume, où j'ai eu l'honneur d'être reine, votre sœur et ancienne alliée. Cejourd'hui, après dîner, m'a été dénoncée, sans plus long répit, ma sentence pour être exécutée demain, comme une criminelle, à sept heures du matin*. Je n'ai eu loisir de faire un ample discours de tout ce qui s'est passé; mais, s'il vous plaît croire mon médecin ' et ces autres miens désolés serviteurs,

' Le Martyre de la reine d'Ecosse, par Blackwood, dans Jebb, t. Il, p. 303, et Labanoff, t. VI, p. 483. Brantôme a donné un texte de cette lettre dans ses Dames illustres, article Marie Stuaiît, qui offre quelques variantes.

2 Labanoff, t. VI, p. 484.

•^ Notre texte est emprunté au Journal de Bourgoing, qui, chargé de remettre la lettre à Henri III, en prit copie sur l'original. Cette copie offre quelques variantes avec les textes donnés par Jebb et le prince Labanoff.

* A huit heures, dans le texte donné par Jebb et Labanoff; à sept heures, dans celui publié par le P. Caussin.

^ Il résulte de ce passage que Bourgoing était spécialement chargé, par la reine, de faire à Henri III une Relation écrite ou verbale de son procès et de son exécution.

vous saurez la vérité, et que, grâce à Dieu, je méprise la mort et fidèlement proteste de la recevoir innocente de tout crime, quand je serais leur sujette, ce que je ne serai jamais. La religion catholique et le maintien du droit que Dieu m'a donné à cette couronne, voilà les deux points de ma condamnation, et, toutefois, ils ne me veulent permettre de dire que c'est pour la religion catholique que je meurs, mais pour la crainte du change de la leur; et, pour preuve, ils m'ont ôté mon aumônier, lequel, bien qu'il soit en la maison, je n'ai pu obtenir qu'il me vînt confesser, ni communier à ma mort; mais m'ont fait grande instance de recevoir la consolation et doctrine de leur ministre , amené pour ce fait. Ce porteur et sa compagnie, la plupart de vos sujets, vous témoigneront mon déportement en ce mien acte dernier. Il reste que je vous supplie, comme roi très-chrétien, mon beau-frère, ami, allié, et qui m'avez tant fait d'honneur de m'aimer et le protester, que, à ce coup, vous fassiez preuve en tous ces points de votre vertu, tant par charité, me soulageant de ce que, pour décharger ma conscience, je ne puis sans vous, qui est de récompenser mes serviteurs désolés, leur laissant leurs gages, l'autre faisant prier Dieu pour une reine, quia été nommée très-chrétienne, et meurt catholique et dénuée de tous ses moyens. Quant à mon fils, je le vous recommande autant qu'il le mérite, car je n'en puis répondre, et de mes serviteurs, je vous en requiers à jointes mains. Je prends la hardiesse de vous envoyer deux pierres rares pour la santé, vous la désirant parfaite, et heureuse et longue vie. Vous les recevrez comme de votre trèsaffectionnée belle-sœur, mourant en vous rendant témoignage de son bon cœur vers vous. Je vous recommanderai mes serviteurs par un mémoire, et vous ordonnerez que, pour mon âme, je sois payée de partie de ce que me devez, s'il vous plaît, et qu'en l'honneur de Jésus-Christ, lequel je prierai demain, à la mort, pour vous, me laisserez de quoi fonder un obit et faire les aumônes requises.

Page 1