‹ Marie StuartChapitre 199 sur 231 · CHAPITRE VINGT ET UNIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT ET UNIEME

« Ce mercredi, deux heures après minuit. Votre très-aftectionnée bonne sœur,

« Marie ' . «

Enfin, elle rédigea un mémoire en quelques lignes pour recommander de nouveau ses serviteurs à Henri III. Elle le suppliait de plus de prendre Bourgoing pour son médecin et de « donner crédit à tout ce qu'il lui dirait » .

Après avoir mis ordre à ses dernières volontés " avec la plus entière liberté d'esprit, elle dit à ses serviteurs « qu'elle ne voulait plus penser aux affaires de ce monde, mais employer le peu qui lui restait à vivre aux choses de l'éternité » . Il était deux heures du matin. A l'exemple du Christ et pour se préparer au dernier pèlerinage, elle se fit laver les pieds. Puis, se sentant fatiguée, elle se jeta tout habillée sur son lit, tandis que ses femmes, qui déjà portaient son deuil, veillaient et priaient à genoux auprès d'elle. Chaque soir, la reine avait coutume, avant de s'endormir, de se faire lire par l'une d'elles quelques pages de la Vie des Saints. Cette nuit-là, elle dit à Jeanne Kennedy de chercher dans le livre la vie d'un saint qui aurait été d'abord un grand coupable. Elle s'arrêta au bon larron, disant avec humilité : « En vérité, « il a été grand « pécheur; non pas si grand que moi» . Je le veux prendre pour patron durant le temps qui me reste à vivre. Puisse mon Sauveur, en mémoire de sa passion, « avoir souvenance et merci de « moi, comme il eut de lui à l'heure de sa mort '. «

En ce moment, elle se rappela qu'il faudrait un mouchoir

1 Voir le texte de cette lettre donné par Blackwood, dans Jebb, t. II, p. 303 et 304, et par Labanoff, t. VI.

" Testament de Marie Stuart, dans Labanoff, t. VI, p. 48.5. L'original fut déposé au Collège écossais, à Paris. History of Mary, Qiieen of Scots, by Glassford Bell.

^ La Muit de la royne d'Ecosse, etc., dans Jebb, t. II, p. 609 à 669; Martyre de Marie 5<i(ari, par BlackwoOD, ibidem, t. II.

pour lui bander les yeux. Elle ordonna à l'une de ses femmes de lui en apporter un des plus fins et des plus beaux, qui était brodé d'or, et elle le mit à part avec soin.

Pendant quelques heures, étendue sur son lit, les yeux fermés et les mains jointes sur sa poitrine, elle garda l'immobilité d'une statue couchée sur un tombeau. Mais elle ne s'endormit pas. Au mouvement de ses lèvres, au paisible sourire qui errait sur son visage, ses femmes s'aperçurent qu'elle priait et que son âme était absorbée par la contemplation de la vie future'. Suivant la charmante et naive expression de l'une d'elles, de Jeanne Kennedy, « elle semblait rire aux anges ^ » . Penchées sur elle et retenant leur souffle, de peur de troubler cette méditation suprême, ses femmes, à la faible clarté d'une lampe qui brûlait à l'écart, ne pouvaient détacher leurs yeux d'un tel spectacle. Jamais la merveilleuse beauté de leur maîtresse ne leur était apparue plus noble et plus imposante; jamais sur son front, dont la blancheur égalait celle des marbres, elles n'avaient vu régner un calme plus profond, plus solennel.

Pendant cette nuit de deuil, des bruits sinistres vinrent frapper de terreur les serviteurs de la reine. Tantôt ils entendaient retentir dans la grande salle basse les coups de marteau % derniers apprêts du supplice; tantôt, pendant les intervalles de silence, ils discernaient le pas sourd et régulier de deux mille chevaux qui venaient se poster dans les environs *. Seule, gardant son inaltérable tranquillité, la reine semblait ne s'apercevoir de rien.

A la pâle et triste lueur de l'aube , lorsqu'elle entendit sonner six heures, elle avertit ses femmes qu'elle n'avait plus que

1 La Mort de la royne d'Ecosse, dans Jebb, t. II, p. 609 à 669,

2 Citation de M. Darf;aud, qui n'indir[ae pas la source où il l'a puisée.

3 Mary Quecn of Scots and lier tatest English hisloiian, etc., by James F. Meline. London, 1872, 1 vol. in-8.

* Miss Stricklaind, t. VII.

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