‹ Marie StuartChapitre 213 sur 231 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DÉSESPOIR SIMULÉ d'ÉLISABETH ; ELLE PORTE LE DEUIL DE SA VIC- TIME, ET FAIT JETER DAVISON A LA TOUR. — FUNÉRAILLES DE MARIE STUART A PETERBOROUGH.

Dès que Burghley eut appris à Greenwich la fin tragique de Marie Stuart, sa première pensée fut de défendre qu'on en parlât à Elisabeth , disant « qu'il valait mieux l'y préparer par degrés. » Mais déjà la nouvelle s'était répandue dans Londres, dès l'après-midi du jour qui suivit l'exécution. De toutes parts elle fut saluée par les fanatiques acclamations de la populace; les cloches sonnèrent à toute volée; dans toutes les rues on alluma des feux de joie, et l'on improvisa des banquets et des festins. Telle était la triste situation dans laquelle était tombé Ghâteauneuf, l'ambassadeur de Henri III, qu'il se vit contraint de fournir du bois , sans mot dire, pour alimenter les feux qui brûlaient devant sa porte'. Ces réjouissances durèrent plus d'une semaine.

Pendant quatre jours , Elisabeth , afin de mieux étudier son rôle, sembla ne pas s'apercevoir de la joie bruyante de ses sujets. Puis, tout à coup, comme si elle fût sortie d'un long sommeil, elle demanda la cause de ces démonstrations. Une de ses dames d'honneur lui ayant répondu que l'on célébrait la mort de Marie Stuart*, aussi habituée à feindre qu'à dissimu-

' Lettre de Châteauneuf à Henri HT, du 27 février 1587, Teulet, l. IV, p. 169.

2 Le lundi 13 février (v. s.), le 23 (n, s.). Lettre de Châteauneuf à Henri III, du 27 février, Teulet, t. IV; Lixg.vrd.

428 MARIE STUABT.

1er, elle joua la surprise, l'indignation, la douleur. Elle envoya chercher son favori Hatton, et, se livrant devant lui aux plus violents transports de colère, elle pleura amèrement. Elle soutint que Davison n'aurait pas dû remettre au chancelier le "vyarrant signe' par elle sans l'avoir prévenue, et qu'en y faisant apposer le grand sceau , ce qui le rendait exécutoire , il avait outre-passé ses ordres ; elle proféra les plus terribles menaces de vengeance « contre les hommes qui, disait-elle, avaient usurpé son autorité en faisant exécuter sans son aveu la reine d'Ecosse, et les accusa de vouloir la mettre en tutelle '. » Hatton, saisi d'effroi , courut raconter à ses collègues cette étrange scène. Ceux-ci, non moins effrayés que lui, engagèrent Davison à simuler une maladie et à garder la chambre ; mais Elisabeth donna ordre de l'arrêter et de le jeter à la Tour. Alors un mémoire fut présenté à la reine par lord Buckurst, au nom des ministres , pour lui remontrer que l'arrestation de Davison donnerait lieu de croire que la reine d'Ecosse avait été réellement assassinée; que les membres du Conseil seraient considérés comme des meurtriers et toutes les procédures comme un complot pour commettre le meurtre en dehors des lois*. Elisabeth, dans les premiers moments, se montra inexorable. Elle chassa de sa présence son fidèle Burghley pour avoir rédigé sans son ordre la lettre d'envoi du warrant et pour l'avoir remise à Beale ; elle disgracia Leicester et Hatton , ses deux

1 Lettre de Châteauneuf à Henri IH, du 13 mars 1587, Teulet, t. IV; Miss Strickland, t. VII. » Dans la manière dont les deux reines jouèrent leur rôle particulier devant le monde, dit M. Hill Burton, il y avait un puissant contraste. Pour la fausseté grossière, rusée, artificieuse, effrontée, avec laquelle la rivale triomphante ferma la scène, personne n'a pu trouver d'excuse. A part toute haute question de vérité et d'honnêteté, c'était un outrage au bon goût et aussi au bon sens, car cela manqua son effet. Cette sorte de désaveu : « Tu ne peux pas dire que je l'ai fait », c'est en vain qu'elle le mettait en avant, et même la persécution du pauvre secrétaire Davison était inutile Tlie History of Scotland, t. V.

2 Life of Shrewsbury, Mss. cité par Miss Strickland, t. VII.

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