CHAPITRE VINGT-DEUXIEME
favoris, pour avoir signé cette même lettre; enfin Beale, pour avoir porté le warrant à Fotheringay et l'avoir fait exécuter, fut relégué à York dans un poste subalterne". Seul, Walsingham se tira d'affaire pour avoir si bien joué, en temps opportun , le rôle de malade imaginaire. Toutefois, ces feintes disgrâces ne furent que de courte durée. Elisabeth, rappelant ses conseillers , se contenta de proclamer effrontément à la face du monde que c'étaient eux , et non elle, qui étaient les auteurs du meurtre. Mais comme il fallait absolument une victime expiatoire , ce fut sur Davison que s'appesantit toute sa colère. Dans la crainte qu'il ne vînt à révéler quelque terrible charge contre lui , Burghley s'était rendu à Londres dans les premiers moments pour faire avorter le procès. Il espérait qu'avec le temps Elisabeth finirait par s'apaiser ou que Davison pourrait s'évader de la Tour. Mais fort alarmé de l'acharnement de sa" maîtresse , il commença à trembler pour lui-même , et avec cette cruelle et sceptique indifférence dont il avait donné tant de preuves, en faisant tour à tour traîner sur la claie protestants et catholiques , il se retourna contre Davison, et il eut l'insigne lâcheté de rédiger contre lui l'acte d'accusation. Ce malheureux n'avait été qu'un servile instrument ; mais , au lieu de s'humilier devant ses juges , il eut la simplicité de dire toute la vérité , et ce crime ne lui fut jamais pardonné. Tous ses biens furent confisqués ; il fut condamné à une amende de dix mille livres (deux cent cinquante mille francs), et à une prison dont la durée fut laissée à la discrétion de la reine *.
Elisabeth , poussant à bout l'audace et l'hypocrisie, osa porter le deuil de sa victime. Dans son aveugle confiance, elle espérait tromper ainsi Jacques VI , Philippe II , Henri III , et détourner l'orage qui menaçait de fondre sur sa tète.
» Beale à Burghley, 24 avril 1595, dans Ellis, 3« série, t. IV, p. 112 à 120; M. MiGNET, Histoire de Marie Stuart, t. II.
2 RoBERTSON, Appendix ; Life of Davison, Appendix ; Histoire de Marie Stuart, par Jules Gauthier, t. II.
Il manquait un dernier acte à Todieuse comédie qu'elle jouait depuis six mois. Par ses ordres , le corps de sa victime fut transféré, le 1" août, de Fotheringay dans la cathédrale de Peterborourgli, avec le cérémonial des obsèques royales'. La place choisie pour la sépulture se trouvait à Tentrée du chœur de Taile méridionale , en face de celle de Catherine d'Aragon , première femme de Henri VIII. La victime de la fille était à côté de la victime du père. Gomme si Elisabeth, par un acte solennel, eût voulu relever Marie Stuart de l'accusation d'avoir conspiré contre sa vie , elle se fit représenter à cette cérémonie menteuse par la comtesse de Bedford*. La comtesse , environnée de tous les insignes de la royauté, appuyée sur les comtes de Rutland et de Lincoln , la traîne de sa robe portée par lady Saint-John , se dirigea vers la grande salle du palais épiscopal où était déposée dans une bière et à découvert une figure représentant le corps de la reine Marie. Elle suivit respectueusement cette image jusqu'à l'église, escortée parle roi d'armes de la Jarretière, par les hérauts d'armes, par un grand nombre de pairs anglais, de pairesses, de chevaliers, de dames en grand deuil et par tous les anciens serviteurs de la reine défunte.
La figure, ayant été reçue sous le porche de la cathédrale, fut portée , au chant des antiennes , dans le chœur et déposée sur un catafalque de vingt pieds de superficie et de vingt-sept pieds de hauteur, placé au-dessus du caveau où avait été descendu le cercueil royal. De riches écussons et des franges d'or ornaient le catafalque. Sur le cercueil, couvert de velours noir, s'élevait une couronne fermée , en or, enrichie de pierreries , posée sur un coussin de velours pourpre , à franges et à glands d'or.
1 La Mort de la royiie d'Ecosse, etc., dans Jebb, t. II; History of Peterborough by Guktos; Miss StRicklakd, t. VII.
2 A remembrance and order of tlie Burial of Mary Queen of Scots; Archœologia, vol. I, p. 355; Miss Sxricklakd, t. VII.