CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
L'évéque de Lincoln, en habile courtisan, prononça l'oraison funèbre de telle façon que nulle de ses paroles ne put le compromettre. « Rendons grâce à Dieu, dit-il, pour l'heureuse fin de la haute et puissante princesse Marie, reine d'Ecosse et reine douairière de France. Je n'ai pas grand'chose à dire de sa vie et de sa mort, ne connaissant guère l'une et n'ayant pas assisté à l'autre. Je n'entrerai dans aucun jugement à son égard; mais, comme il a été dit qu'elle avait compté sur le sang de Jésus-Christ pour son salut, nous pouvons espérer qu'il s'est accompli ; « car, comme dit le Père Luther, plus « d'un quia vécu papiste, meurt protestant '. »
Après ce discours dérisoire, les deux évéques de Lincoln et
' « For, as Father Luther was wont to say, many on that liveth a papist dieth a protestant. » Archœologia, vol. I, p. 355; Miss Strickland, t. VII.
Nous ne pouvons passer sous silence quelques réflexions peu dignes et d'un goût suspect qui sont tombées depuis peu de la plume de M. Hill Burton, à propos du bruit vague qui a couru d'un projet de canonisation de Marie Stuart. « La curiosité, dit-il, s'est quelquefois occupée de la raison pour laquelle la reine Marie n'a pas été canonisée, mais ce n'est pas encore trop tard , et un murmure s'est récemment répandu à travers le monde comme pour l'avertir de n'être pas trop surpris par un pai-eil événement. Cela pourrait seulement, ce semble, être reçu comme un événement naturel, et cela pour deux raisons : premièrement, ce serait un complément au triomphe particulier du pontificat de Pie IX ; secondement, ce serait une conclusion logique des procédés de son Eglise envers elle-même (envers Marie), pendant qu'elle vivait, et à sa réputation après sa mort. C'est une croyance hautement proclamée (enregistrons cet aveu) qu'elle est innocente de tous les crimes qui lui furent imputés; mais l'innocence dans ce cas n'est pas simplement une qualité passive. Cela ramène dans la vie active tout ce qu'elle fit et souffrit ; les calomnies et insultes amoncelées contre elle, la longue captivité, le martyre final, et le tout pour son Eglise. Si cette Eglise retire la récompense due à de tels titres, cela laisserait un doute qu'elle a conscience de quelque chose d'incompatible avec l'innocence hautement proclamée. Si la dette doit cependant être payée, il y aurait beaucoup de curiosité, que l'on ne pourrait satisfaire, sur la manière dont la cause serait plaidée par l'avocat du diable. » (r/ie History of Scotland, t. V, p. 259.) Si la plaisanterie était permise en pareille matière, on pourrait dire que personne ne saurait plus dignement remplir cet office d'avocat du diable que M. Hill Burton ou M. Froude.
de Peterborough vinrent au bord du caveau et lurent sur le corps les prières funèbres, à la suite desquelles chaque officier de la reine d'Angleterre et de la reine d'Ecosse brisa son bâton au-dessus de sa tête, suivant le cérémonial réservé aux princes, et en jeta les morceaux sur le cercueil.
Elisabeth avait envoyé du drap noir à Melvil et à Bourgoing afin d'y tailler des manteaux et des robes de deuil pour tous les serviteurs et les femmes de la défunte reine ; mais tous ces braves gens repoussèrent avec la plus noble indignation ce don de la meurtrière de leur maîtresse.
Plusieurs d'entre eux furent conduits à Peterborough pour assister aux funérailles, et l'on est surpris de trouver parmi eux le chapelain de Marie, « M. du Préau, en long manteau, et portant en main une croix d'argent » . Mais lorsque les cboristes eurent entonné leurs chants en anglais, tous les serviteurs de la défunte reine, à l'exception de Melvil et de Barbara Mowbray, qui étaient protestants, quittèrent l'église et se réfugièrent dans le cloître ' .
Après avoir reposé pendant vingt-cinq ans dans l'église de Peterborough, les restes de Marie furent exhumés par ordre de son fils et transférés dans l'abbaye de Westminster, au centre méridional de la chapelle de Henri VII. Par la plus cruelle dérision du sort, ils furent placés non loin de ceux d'Elisabeth*.
* Les serviteurs de Marie ne furent élargis que fort longtemps après sa mort et à la prière de Jacques VI. (La Mort de Marie Stuart, dans Jebb, t. II.) Paulet était parti pour Londres depuis la fin de février 1587; mais aussi longtemps que les serviteurs de Marie furent détenus à Fotheringay , il garda sur eux toute son autorité. Ce fut à lui que Melvil et Bourgoing s'adressèrent en mars pour obtenir la permission de vendre leurs chevaux et d'écrire en France relativement aux legs que la reine d'Ecosse leur avait faits; à lui que fut transmise par Darell, le maître d'hôtel d'Elisabeth, délégué par elle à Fotheringay, la pétition que lui adressèrent tous les gens de la reine défunte pour demander leur mise en liberté et la permission de retourner dans leur pays. John Morris, p. 379 et suiv.
2 Le tombeau de Marie se trouve aux bas côtés du sud, sous le n° 310; aux bas côtés du nord, dans la même chapelle, est celui d'Elisabeth.