CHAPITRE DEUXIEME
déclara qu'il ne doutait nullement que le roi d'Espagne , à l'occasion, ne favorisât une si juste cause. Ennemi mortel d'Elisabeth, il ne cessait en toute rencontre d'exciter les catholiques anglais et de leur promettre une armée de débarquement'.
D'après l'avis de Charles Paget, le seul moyen de provoquer une invasion, c'était le meurtre d'Elisabeth, et Ballard était entré aussi avant que Savage dans ce criminel projet.
Il y avait donc deux complots ourdis simultanément. De l'exécution de l'un dépendait le succès de l'autre. Walsingham en tenait tous les fds. Parmi les conjurés, les uns, c'était le petit nombre, étaient dans le secret des deux complots; les autres n'étaient initiés qu'à un seul. Mendoza, l'ambassadeur d'Espagne, était du nombre des premiers : dès le 12 mai, il informait don Juan de Idiaquez que « quatre hommes de marque, ayant accès dans le palais, avaient formé le projet d'assassiner Elisabeth; le secret, ajoutait-il, n'en avait été confié qu'à lui seuP. »
'Marie Stuart ne connut d'abord que le seul projet d'invasion : elle ne l'apprit même qu'assez tard, à cause des difficultés qu'il y avait à lui faire parvenir sa correspondance. Elle savait qu'aux termes de l'acte d'association , qu'elle fût ou non complice d'une révolution en Angleterre, ou d'une invasion du roi d'Espagne, elle n'en serait pas moins responsable et en porterait la peine. Mais fermement résolue à courir tous les dangers pour reconquérir sa liberté, elle prêta encore l'oreille aux dangereuses propositions de ses amis'.
Depuis peu elle avait choisi quelques nouveaux agents pour défendre sa cause dans divers pays : en Ecosse, lord Claude
1 J. Gauthier, t. II, p. 399.
2 Bibliothèque nationale, Papiers de Simancas, J. GAUXniEn, l. II, p. 400, ■^ Mémoire de Nau, 10 septembre 1586, dans Labasoff, t. VII, p. 207
et 208.
Hamihon et Courcelles; en Flandre, Llggons; en Espagne, lord Paget et Englefield; à Rome, le docteur Lewis '. Elle leur conseilla à tous de se mettre en relation avec Mendoza. Elle engagea l'archevêque de Glasgow, son agent à Paris, à de'couvrir le fond de la pensée de Philippe II, et s'il était disposé à envahir l'Angleterre, question préalable à laquelle était subordonnée, disait-elle, une prise d'armes de ses amis catholiques *. Elle ordonna à Charles Paget de presser Mendoza, de provoquer cette invasion , en lui promettant le concours des catho liques écossais et l'envoi en Espagne du jeune roi d'Ecosse comme otage ^. En même temps, elle écrivait à Mendoza que, si son fils persévérait dans l'hérésie , son intention était de céder par testament au roi d'Espagne les droits qu'elle avait à la couronne d'Angleterre, à condition qu'il « la prendrait dorénavant en son entière protection » . De leur côté, les lords catholiques écossais se tournaient vers le roi d'Espagne et le priaient de leur envoyer des troupes pour délivrer le jeune roi du joug de la faction anglaise et rétablir l'ancien culte. Ils promettaient en retour de passer au service de Philippe II pour l'aider à envahir l'Angleterre, afin d'y éteindre le foyer de l'hérésie*. Leurs demandes furent vivement appuyées auprès de Philippe II par le duc de Guise et par Mendoza'. La promesse que faisait Marie de céder ses droits à la couronne d'Angleterre au prince qui rêvait la monarchie universelle , flatta singulièrement l'orgueil et l'ambition de Philippe II. Il promit d'être le protecteur de Marie , lui fit tenir de l'argent , soutint
' Labanoff, t. VI, p. 274; J. GAuriiiEn, t. II.
2 Labanoff, t. VI, p. 295 et 297.
3 Labanoff, t. VI, p. 313 et 321; Marie a Charles Paget, 20 mal 1586; HoSACK, Mary Queen of Scots ami lier accusers, t. II, p. 333. London, 1874.
* Lettres adressées à Philippe II par divers lords écossais : Huntly, Claude Hamilton, Morton, durant le mois de mai 1586, etc.. Papiers de Siinancas, Bibliothèque nationale, Teulet, t. V; J. Gauthier, t. II.
5 Mendoza à Philippe II, 23 juillet 1580, Teulet, t. V.