CHAPITRE DEUXIEME
ses partisans, et leur envoya des secours et des pensions, soit en Angleterre, soit en France'. Le conseil de Castille fut d'avis de l'expédition, émit le vœu que le duc de Panne, neveu de Philippe II, en fût le chef et que, pour prix de la victoire, il obtînt la main de la reine d'Ecosse. Le duc était un trop grand capitaine pour se dissimuler les difficultés de l'entreprise. Elle ne lui paraissait praticable qu'à ces deux conditions, que la flotte espagnole se rendrait maîtresse de la Manche, etqu'on lui donnerait trente mille hommes de troupes d'élite pour le débarquement. La reine Elisabeth n'ayant pas d'armée solide à lui opposer, il pensait pouvoir facilement arriver à Londres, et une fois la capitale prise, il ne croyait pas à une sérieuse résistance*. Mendoza non plus ne doutait pas du succès; il assurait à Philippe II que nombre de seigneurs anglais, dont il lui citait les noms, étaient prêts à un soulèvement, et que cette fois l'invasion de l'Angleterre avait plus de chance de réussir que les autres projets de ce genre, puisqu'elle devait être précédée et facilitée par le meurtre d'Elisabeth'. Malgré l'avis favorable de ces deux éminents conseillers, Philippe II, bien qu'il désirât ardemment l'exécution de cette vaste entreprise, n'en restait pas moins livré à ses irrésolutions habituelles.
Cependant Ballard, à l'instigation de Gifford, était parti de Paris pour Londres aux premiers jours de juin, afin d'y réaliser le criminel projet qu'il méditait avec Savage. A peine débarqué , il fut mis en relation avec Babington , que Gifford avait encore catéchisé pour tremper dans le meurtre \ Lorsque
1 Philippe II a Mendoza, 18 juillet 1586, Papiers de Simancas , Teuleï, t. V.
~ Le duc de Parme à Philippe II, 20 avril 1586; Motley, Histoire des provinces unies, etc., t. I, p. 29 et suiv. ; Hosack, Mary Queen of Scots and her accuser s, t. II, p. 331. London, 1874.
3 Mendoza a Philippe II, 13 août 1586; Papiers de Simancas, Bibliottèque nationale, Teulet; J. Gauthier, t. Il, p. 402-403.
* Labasoff, t. VI, p. 313.
le projet d'invasion lui fut révélé, Babington fît observer qu'un tel projet, du vivant d'Elisabetb, ^ne pouvait que mettre en dang^er la vie de la reine d'Ecosse. Alors Savage l'initia au projet de meurtre, et Babington envia la gloire qu'allait acquérir Savage en délivrant le monde d'une reine hérétique. Comme il hésitait encore, Ballard finit par l'entraîner en lui persuadant que l'acte était justifié suffisamment par l'excommunication du pape. Babington fit observer que l'entreprise était trop hasardeuse pour être exécutée par un seul homme, et ilproposa d'élever à six le nombre des assassins. Poley, l'espion de Walsingham, présent à l'entrevue, appuya cet avis, et conseilla de choisir cent hommes de main pour s'emparer de Chai'tley par surprise, afin d'enlever la reine prisonnière avant que Paulet eût le temps de se défendre '. Babington se fit fort de recruter des auxiliaires parmi ses compagnons de plaisir. Cinq d'entre eux se laissèrent d'abord gagner : Chidiock Tichbourne, représentant d'une ancienne famille du Hampshire; Charles Tilney, un des pensionnaires de la reine Elisabeth; Edward Abingdon, fils de l'ancien trésorier de la reine; John Charnock, gentilhomme du Lancashire, et un Irlandais nommé Barnv\^ell, cadet d'une noble maison d'Irlande. Plusieurs autres amis de Babington consentirent à entrer dans la conspiration afin de rendre la liberté à la reine d'Ecosse, mais lorsqu'on se serait défait de la reine Elisabeth. Parmi eux était Edward Windsor, un des frères de lord Windsor; Thomas Salisbury, Piobert Gage de Surrey et John Traversa Telle était la folle témérité de Babington, qu'il se fit peindre au milieu de ses cinq principaux complices, avec une légende indiquant qu'ils s'étaient ligués pour une entreprise pleine de périls^.
1 Camden; Miss Strickland-, t. VII ; J. Gautuieb, t. II; Hosack, t. II.
2 Hosack, t. II, p. 342.
3 J. Gauthier, t. II. Camden donne ainsi cette lé{;ende : « Hi mihl sunt comités, quos ipsa pericula ducunt. » Hosack, t. II, p. 343.