‹ Marie StuartChapitre 227 sur 231 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

qui avaient tout à craindre, étaient en proie à une terreur panique.

Pour leur inspirer le courage du désespoir, des inconnus, soudoyés, comme il semble, par Walsingham, étalaient à la porte des temples des instruments de torture qu'ils disaient semblables à ceux qu'apportaient les inquisiteurs espagnols. L'Angleterre semblait être à deux doigts de sa perte, lorsque les éléments, déchaînés contre ses ennemis, firent cause commune avec ses marins.

M. Mignet a décrit d'une manière épique la marche triomphale et l'immense désastre de VArmada. On ne lutte pas avec un tel maître et l'on ne peut que renvoyer le lecteur à ces belles pages. En une seule nuit fut engloutie ou dispersée par l'ouragan cette flotte gigantesque, oeuvre patiente de plusieurs années, qui portait dans ses flancs la servitude et la mort d'une grande nation.

Elisabeth était sauvée; désormais elle n'avait plus rien à craindi-e de ses ennemis.

Dès que Philippe II apprit la ruine de sa flotte, en prince qui tenait dans ses mains les mines du Mexique et du Pérou, il dit avec la plus orgueilleuse confiance : « L'eau qui coule peut se perdre si la source n'en est tarie'. » Et aussitôt il donna l'ordre que l'on équipât de plus petits navires, moins exposés aux coups de la tempête et plus faciles à diriger, afin de pouvoir opérer par surprise une descente en Angleterre. Il était décidé à tout risquer encore, « dût-il, comme il l'affirmait un jour à table, vendre les chandeliers d'argent qui étaient là devant lui^ » . Tandis qu'il méditait ces nouveaux projets et que l'on travaillait activement dans l'arsenal de Lisbonne à lancer sur l'Océan une nouvelle Armada, les graves événe-

' M. Mignet, t. II.

2 Dispaccio Gradenigo, 29 sett. 1588, Ranke, t. II, p. 274.

ments qui se passaient en France ouvrirent une autre carrière à son ambition. Henri III, après avoir consommé le double meurtre de Blois, à la fin de l'année 1588, tombait l'année suivante sous le poignard d'un moine fanatique. A partir de ce moment, Philippe II tourna tous ses efforts du côté de la France, afin d'assurer, de concert avec le pape, le triomphe de la Ligue, de renverser Henri IV, protecteur du protestantisme, et de s'emparer de sa couronne. Gaetano, l'envoyé de Sixte-Quint, était chargé de demander, au lendemain de la victoire, l'introduction de l'inquisition en France et l'abolition des libertés de l'Eglise gallicane '. Fort heureusement pour la France, la conversion du Béarnais fit avorter les ambitieux projets de Philippe II, ainsi que le dessein formé par le pape de déposer Henri IV comme hérétique et de disposer à son gré de la couronne de France.

Henri IV, de même religion autrefois qu'Elisabeth, et plus d'une fois secouru par elle, ne pouvait songer à renverser une princesse qui avait toutes ses sympathies et dont il était plus en état que personne d'apprécier et d'admirer l'habileté politique à sa juste valeur.

Enfin, Jacques VI, après avoir longtemps flotté incertain entre le roi d'Espagne et la reine d'Angleterre, avait fini par comprendre que Philippe II songeait bien moins à venger Marie Stuart qu'à satisfaire son ambition et à rétablir le catholicisme non-seulement en Angleterre, mais encore en Ecosse. " Le roi d'Espagne, disait-il avec esprit, me réserve la grâce que Polyphème accordait à Ulysse, celle d'être dévoré le dernier*. » Il prit donc les armes contre le comte de Morton, principal agent de Philippe II, qui avait préparé une insurrection catholique dans ses États. Il s'empara de son château, le

* Rankë, t. ]I.

2 Camdein et M. Mignki, t. II.

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