CHAPITRE DEUXIÈME
rieux , à une affaire de grande importance qui allait arriver, affaire qu'il ne pouvait confier au papier, mais qui lui serait communiquée par le porteur de la lettre. «J'ai, dit-il, révélé le secret à ce gentilhomme , afin qu'il puisse s'en ouvrir luimême à Votre Seigneurie. Je n'ose le faire connaître à aucun des serviteurs qui sont près de moi. Ma seule crainte est que Sa Majesté ne traite pas cette affaire avec tout le secret indispensable , bien qu'elle l'exige plus que toute chose arrivée depuis son avènement au trône. Et certainement, si l'affaire est bien conduite , elle cassera le cou à tout complot durant le règne de Sa Majesté. Je prie Voire Seigneurie de traiter cette lettre en hérétique après quelle l'aura lue. Quand l'affaire sera mûre à point , j'ai l'intention d'envoyer auprès de vous une personne de confiance pour vous mettre tout à fait au courant'. M On ne saurait douter que Walsingham ne fît allusion au complot de Babington et le ton avec lequel il se vante que « si l'affaire est bien conduite, elle cassera le cou à tous les complots durant le règne d'Elisabeth » est d'une haute signification. Au moment où il s'exprimait ainsi , il n'avait encore aucune preuve contre Marie, et pourtant il ne doutait pas d'en obtenir une capitale. Lorsque l'affaire « serait tout à fait mûre » , il en dirait plus long à Leicester. Walsingham savait que Phelipps avait emporté avec lui à Chartley la lettre de Babington, et que de la réponse de Marie Stuart , pourvu que la chose fût bien conduite, dépendait tout le succès^. Il fallait à tout prix que cette réponse fût criminelle , qu'elle contînt une adhésion formelle au projet du meurtre d'Elisabeth. Avec des hommes tels que Gregory et Phelipps , Walsingham était certain d'avance de réussir.
Ce ne fut que le 12 juillet que la lettre de Babington parvint à Marie par la voie du brasseur. Le 13, Nau , secrétaire de la
1 HosACK, t. II, p. 354.
2 Ibidem, t. II, p. 355.
54 MABIE STUART.
reine pour le français, annonçait à Babington que sa lettre, reçue seulement la veille, n'était point encore déchiffre'e, mais que , dans trois jours , au retour du messager , sa maîtresse tiendrait sa re'ponse prête '. Tous ces de'tails étaient transmis, dès le lendemain, par Amyas Paulet à Walsingham*, et, de son côté, Plielipps, en lui envoyant copie de toutes les lettres interceptées par lui , comme si lui aussi était assuré d'avance du succès, s'écriait, dans sa joie satanique : « A la prochaine, nous la toucherons droit au cœur. » Puis il ajoutait : « Elle commence à recouvrer la force et la santé ; hier , elle s'est promenée, dans son coche, aux alentours du château. J'ai pris, en la rencontrant, un visage souriant, mais je me suis souvenu du vers du poète : Cum tihi dicit ave, sicut ah hoste cave. Par le premier courrier, j'espère envoyer à Votre Honneur quelque chose de mieux '. «
La vue de ce louche personnage avait causé quelque inquiétude à Marie Stuart : <* Tâchez , s'il vous plaît , écrivait-elle à
^ JSau à Babington, 13 juillet, State Papers Office, 3. Gauthier, t. II, p. 408; IIosACK, t. Il, p. 257.
^ Paulet à Walsingham, 14 juillet 1586, State Papers Office, J. Gauthier, t. II. Paulet espérait toutes les semaines que cliaque paquet Je Marie « contiendrait assez de choses pour la faire pendre ».(^The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 193.) Voici ce que disait Paulet à Walsingham dans sa lettre du 14 juillet : « Monsieur, vos lettres du 11 courant me sont arrivées hier à onze heures avant midi. Je n'ai rien à vous dire sinon que je vous envoie le paquet intercepté sur le chemin par M. Phelipps, et aussi que le paquet envoyé par M. Phelipps (contenant la lettre de Babington) a été reçu de grand cœur, avec telle réponse donnée par écrit, comme le peu de temps le permettait et avec promesse d'écrire plus longuement au retour de V honnête homme, ce qui sera dans trois jours. » Paulet, en effet, ne s'y trompait pas; la réponse de Marie à Babington devait porter la date du 17 juillet. The Letter- Books of sir Amias Poulet, keeper of Mary Q^ueen of Scots, etc., p. 224.
3 Phelipps à Walsingham, 14 juillet 1586, Slate Papers Office, J. Gauthier, t. II, p. 408; HosACK, t. II, p. 357. Phelipps, pour faire une sinistre allusion au sort qui attendait la reine d'Ecosse, dessina sur cette lettre des fourches patibulaires. J. Morris, p. 223.