CHAPITRE DEUXIEME
affaire. « A votre retour, écrivait-il à Phelipps , le 22 juillet ', vous apprendrez de Sa Majesté elle-même à quel point elle agrée vos services. J'espère qu'on suivra un bon chemin dans cette cause ; autrement, nous, qui avons été les instruments de la découverte , nous recevrions peu de conjortpour nos peines... Beaucoup sont jaloux de ce que vous arrivez, et les fourches (patibulaires) dessinées sur le paquet ont beaucoup augmenté leurs soupçons... J'espère que Ballard sera pris avant votre retour. On ne s'occupera de Babington que lorsque vous serez arrivé. Il est encore ici. L'original de la lettre à lui adressée, vous l'apporterez avec vous. ■»
Phelipps partit de Chartley le 24 juillet, emportant avec lui la réponse de Marie à Babington et toutes les lettres qu'elle avait écrites , le même jour, à Mendoza, à Châteauneuf et à ses autres agents. Arrivé à Londres le 26, Phelipps ne fit remettre la réponse de Marie à Babington que le 29 '. Ce fut «un simple domestique , en habit bleu » , qui la lui remit , enfermée dans un petit paquet, accompagné d'une note d'une écriture contrefaite , dans laquelle il était dit que le paquet venait de la reine d'Ecosse , et qu'à la dépêche prochaine, on se ferait connaître '. Malgré l'étrangeté du procédé , Babington ne conçut aucun soupçon. La dépêche qu'il avait reçue était restée du 18 au 29, c'est-à-dire onze jours , aux mains de Phelipps et de Walsingham.
S'il fallait ajouter la moindre foi aux seules copies qui restent de cette lettre, — car l'original a disparu, de même que celui de la lettre de Babington , — Marie aurait connu et approuvé
1 The Letter-Books of sb- Àmias Poulet, etc., p. 245.
2 Babington à Marie, 8 août 1586, J. Gauthier, t. II. Paulet écrivait à Walsingham, le 20 juillet, que Phelipps allait le retrouver, et, le 29 juillet, qu'il était déjà à douze ou quatorze milles de Londres; ce qui prouverait qu'il partit plus tard de Chartley qu'on ne le suppose. The Letter-Books of sir Amias Poulet, p. 246.
3 J. Gauïiuer, t. II; HOSAGK, t. II.
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non-seulement le projet d'insurrection des catholiques à l'aide d'une invasion espajjnole, mais encore le complot contre la vie d'Elisabeth. Elle entrait dans de longs détails sur les moyens à prendre pour assurer le succès de l'entreprise. Elle engageait ses amis à étudier avec soin quel nombre de gens de pied et de cheval ils pourraient lever, quels capitaines il convenait de placer à leur tète dans chaque comté ; les villes et les ports oii ils pourraient recevoir sûrement les secours étrangers , le lieu du rendez-vous général , le nombre des troupes étrangères, leurs ressources en argent et en armes; enfin [comment les six gentilshommes avaient délibéré de procéder] '. Elle priait ses amis de communiquer à Mendoza leur projet, dès qu'ils l'auraient niûri , et de n'agir que sur l'espoir motivé d'un secours. Puis elle ajoutait ou était censée ajouter : « Toutes ces choses étant ainsi préparées , et les forces , tant dedans que dehors le royaume, toutes prêtes, il faudra [alors mettre les six gentilshommes en besogne et] donner ordre que, [leur des-
* Les passages entre deux crochets sont ceux que le prince Labanoff a jugés, non sans raison, avoir été interpolés dans la copie de la lettre originale de Marie. « Ces passages n'ont aucvine liaison avec ce qui précède et ce qui suit, et de leur présence résultent des contradictions dont les faussaires ne paraissent pas s'être inquiétés. » (J. Gauthier.) « Nous avons d'abondantes preuves, dit M. Hosack (t. IT, p. 380), et tirées de diverses sources, que Phelipps était très-versé dans l'art de falsifier les écritures. A cette époque le faux était considéré comme un art. Il existe dans Colton Lihrary une confession de Thomas Harrisson, s'intitulant secrétaire de Walsingham, qui déclare que Phelipps pouvait imiter exactement presque toutes les écritures {Caligula, c. ix, p. 458), et Phelipps lui-même confirme cette déclaration. Il n'était alors qu'un jeune homme, mais, vingt ans plus tard, en 1606, nous le trouvons confessant au comte de Salisbury que, sous le règne précédent, il avait forgé une correspondance dans un but honteux. Il écrivait des lettres, au nom d'une personne imaginaire, à une personne véritable, à l'étranger, afin d'obtenir d'elle des renseignements qu'il désirait. N'est-on pas autorisé à croire que, dans une affaire d'une aussi haute importance que celle de Babington, il n'ait mis en œuvre toute son habileté pour perdre la reine d'Ecosse? »