‹ Marie StuartChapitre 40 sur 231 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

geait sa table et son lit) ne pouvait rester auprès d'elle '. A ce nouveau coup, l'infortunée princesse ne put retenir ses larmes et ses sanglots, et la jeune fille, qui, de son côté, pleurait et se lamentait bien fort, fut confiée à la garde d'un gentilhomme du voisinage, M. Ghatam', chez lequel on avait déjà conduit prisonnier le fidèle Melvil, maître d'hôtel de la reine. Une restait plus auprès d'elle que son médecin et Elisabeth Curie, une de ses femmes.

Arrivée à Tixall, Marie fut conduite dans une vaste maison, desservie par une centaine de domestiques, et appartenant à sir Walter Aston , juge de paix de la contrée et l'un des plus riches gentilshommes des environs '. Là, pendant neuf jours, elle fut enfermée et mise au secret dans une chambre étroite. Son premier soin fut d'envoyer Bourgoing auprès de Paulet pour réclamer son sommelier, Didier, l'unique gardien de sa coupe. Dans l'affreuse situation où elle se trouvait, elle eût enduré la soif la plus ardente plutôt que d'accepter un breuvage d'une autre main que de la sienne. Or, nous avons vu plus haut qu'un des soldats de l'escorte de Paulet avait, sans ordre et par excès de zèle , éloigné de la reine son vieil échanson , au moment de l'arrestation de Melvil. Sir Amyas, surpris

• Elisabeth ou Bess Pierrepont, fille de Pierrepont, nièce de Henry Cavendisli, était la petite-fille de la comtesse de Shrewsbury. Depuis l'âge de quatre ans, Marie l'avait élevée auprès d'elle, et, suivant les usages du seizième siècle, elle lui avait fait partager son lit et sa table. Marie avait voulu la marier à lord Percy, depuis duc de Nortbumberland, mais le mariage n'eut pas lieu. Nau, le secrétaire de Marie Stuart, était éperdument amoureux de cette jeune fille, alors âgée de dix-sept ans, et il paraît que Bess ne fut pas insensible à son amour, car elle lui avait souscrit, fort secrètement, et à l'insu de sa maîtresse, une promesse de mariage. Comme on le verra bientôt, la reine en fut très-irritée, la position de Nau ne correspondant nullement à celle de Mistress Elisabeth Pierrepont, qui appartenait à une noble race.

2 Suivantle Journal de Bourgoing ; Treutliam, suivant la correspondance de Paulet, qui devait être mieux renseigné.

3 John Morris, The Letter-Boohs of Âmias Poulet, etc., p. 273.

de ce contre-temps, promit de l'envoyer chercher sur l'heure. En même temps, il donna l'ordre de faire venir auprès de Marie deux de ses femmes de chambre, Jeanne Kennedy et Gillis Mowbray, ainsi que plusieurs de ses serviteurs , tels que Gorion, son pharmacien, Gervais, son chirurgien, et Martin, son écuyer de cuisine, qui tous, restés à Chartley, sans prendre part à la prétendue partie de chasse, y avaient été enfermés par Waad'.

Après souper, Marie envoya demander à sir Amyas de l'encre et du papier, pour écrire à la reine d'Angleterre, afin de protester contre la dernière violence dont elle était victime et pour qu'elle lui en fit connaître le motif. Paulet s'y refusa brutalement. Elle lui dépêcha aussitôt Bourgoing pour lui dire à quel point elle trouvait étrange qu'il l'empêchât de correspondre avec Elisabeth, puisque c'était la chose du monde qu'elle avait pu faire le plus librement jusque-là, et que la reine même « l'avait priée de ne faillir lui écrire en quelque affaire ou accident qu'elle se trouvât ' » . Elle lui fit demander

1 Journal inédit de Bourgoing. Jusqu'à présent, faute de documents, les historiens avaient supposé que Marie, pendant sa séquestration à Tixall, qui dura neuf jours, du 16 au 25 août (vieux style), et non quinze ou dix-sept jours, comme plusieurs d'entre eux l'ont écrit, avait été séparée de tous ses serviteurs, servie par des mains étrangères, et s'était trouvée privée des choses les plus nécessaires à la vie. « Là, dit Miss Strickland, elle passa dix-sept jours dans une entière solitude, séparée de ses gens, confinée dans deux petites chambres, sans livres, sans plumes, ni encre, ni papier. Il n'y a même aucune preuve que pendant cette terrible période d'horreur et de suspens, on lui ait accordé l'aide d'une seule femme, même le comfort d'un changement de vêtement. La manière dont elle la traversa est restée un mystère sur lequel aucune lumière n'a été apportée. » (Miss Stbickland, Lives of the Queens of Scotland, vol. Vil, p. 408.) Le Journal de Bourgoing est le seul document qui donne des détails sur le séjour de Marie Stuart à Tixall, et qui en fixe la durée d'une manière certaine. Camden a dit, par erreur, qu'elle fut transférée, jjendant cette période, de cette habitation dans une autre.

2 Journal inédit de Bourgoing. Paulet, dans une lettre adressée à Wal-

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