CHAPITRE TROISIEME
en même temps s'il agissait ainsi en vertu d'un ordre, et comme il persistait dans son refus sans vouloir donner une explication, Marie prit à témoin toutes les personnes présentes et protesta avec force contre ce déni de justice. «Qu'elle prenne tel témoignage qu'elle voudra, répondit insolemment Paulet, mais elle n'enverra aucune lettre jusqu'à ce que j'aie autorité de la cour. » Alors la reine l'ayant fait prier de venir auprès d'elle, ou offrant d'aller elle-même vers lui, il ne répondit à ces demandes que par un nouveau refus.
Pendant la translation de Marie à Tixàll, Waad, membre du conseil privé , assisté d'un gentilhomme nommé Manners, et d'un magistrat, Richard Bagot, pénétrait dans Ghartley. Les perquisitions durèrent trois jours et furent des plus minutieuses \ Le 18 août au soir, les commissaires emportèrent
singham peu de jours après, le 27 août, parle de la demande que lui adressa Marie, à Tixali, d'écrire à Elisabeth, et du refus qu'il opposa à cette demande. Tlie Letter-Books of Amias Poulet, etc., p. 277.
* Suivant les instructions qu'il avait reçues, Waad s'empara sur-le-cLamp de toutes les clefs de la chambre et du cabinet de la reine, de toutes celles de ses gens, de tous les coffres, et, le premier jour, pour qu'aucun papier ne fût soustrait, il apposa son sceau à toutes les serrures. Pendant la première nuit, ainsi que les deux suivantes, il poussa les précautions jusqu'à faire enfermer séparément dans leurs chambres tous les serviteurs et toutes les femmes restés au château, ne leur laissant la liberté de descendre dans le préau et de manger en commun que pendant le jour. Journal inédit de Bourgoing .
Le 17 août, sir Amyas, sans égard pour l'état de sa prisonnière, que tant d'émotions avaient brisée et qui se trouvait fort souffrante, attira Bourgoing auprès de lui, et, sous prétexte qu'il devait assister de sa personne à la visite de ses papiers et répondre à l'interrogatoire des commissaires, il le fit conduire à Ghartley par sir Walter Aston. Ce fut en vain que le vieux médecin de Marie, dans son impatience de retourner à Tixali, pour y donner des soins à sa maîtresse, ouvrit tous ses coffres et supplia les commissaires de le laisser repartir avec des médicaments. Bien qu'une visite minutieuse des papiers de Bourgoing n'eût pas produit le résultat qu'espéraient les commissaires, ils s'y refusèrent, dans la crainte, sans doute, qu'il ne révélât à sa maîtresse la perquisition à laquelle ils procédaient. Journal inédit de Bourgoing,
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trois coffres pleins de papiers de toute sorte, pêle-mêle, et sans avoir eu le temps de les examiner. Non-seulement ils avaient fait main basse sur toutes les correspondances de la reine^et sur tous ses chiffres avec leurs clefs, au nombre de soixante, mais encore sur tous les documents relatifs à son douaire, à son domaine, sur les états de sa maison et même sur ses cassettes et ses écrins '.
Elisabeth n'avait pas cru indigne d'elle de diriger elle-même toutes ces opérations , recommandant par-dessus toutes choses que, tandis que Marie serait soumise au secret le plus rigoureux, on s'emparât de tous les objets qui se trouveraient dans ses meubles et qu'on les lui fît tenir en main propre. « Ces choses-là, disait-elle, étaient, selon son estimation, d'une bien plus grande valeur que Nau et Curie *. » Dans son impatience d'être en possession de ces papiers et de ces objets précieux, elle dépêcha de Windsor un envoyé ' pour les recueillir des mains de Walsingham à qui ils avaient été remis par les commissaires. Espérait-elle découvrir dans ces cassettes quelque souvenir coupable de Marie pour Bothwell? S'il en fut ainsi, sa maligne curiosité fut bien trompée. Parmi toutes ces reliques du passé, pas une qui, de loin ou de près, rappelât l'odieux ravisseur. Elisabeth, à côté d'un portrait d'elle qu'elle avait envoyé autrefois à Marie , ne trouva que les miniatures de François II, de lady Lennox, et, réunies dans le même cadre, celles de Darnley, de la reine d'Ecosse et de leur fils *.
* Tous les détails qui précèdent sont empruntés au Journal de Bourgoing. Mémoire de Waad. Mendoza a Philippe II, 26 septembre 1586. — Apologie et confession de Nau. — Camdeni Annales, etc. Jules Gauthier, t. II.
2 Lettre de Nicasius Vetsweirt à Walsingham, 11 août 1586; The Letter- Books of Amias Poulet, p. 262.
3 Tytler, t. VIII; Thorpe, t. II, p. 1007.
* Tytler, t. VIII, et Miss Strickland, t. VII; Inventaire des joyaux appartenant à Marie Stuart, saisis à Chartley en août 1586; dans Labanoff, t. Vil, Appendice. On trouve également cet Inventaire dans le volume publié