CHAPITRE TROISIEME. g
Mais quel ne dut pas être son étonnement lorsqu'elle put lire de nombreuses lettres de plusieurs pairs de son royaume , adressées à la reine d'Ecosse, lettres toutes pleines de respect, d'amour et de dévouement pour leur future souveraine! Fidèle à sa devise : Video et taceo , elle sut cacher ses profonds ressentiments sous le masque de la dissimulation, et, sans mot dire, sans se plaindre, elle livra aux flammes ces correspondances qui venaient de jeter un si grand trouble dans son âme et dont la divulgation eût été sans doute, pour elle, fort dangereuse. Le silence qu'elle garda n'en parut que plus terrible aux partisans secrets de Marie; soupçonnant qu'ils étaient découverts, pour faire oublier le passé, lors de son procès, ils se montrèrent impitoyables '.
Tous les papiers saisis à Ghartley furent soumis à l'examen minutieux d'une commission composée de Burghley, de sir Francis Knollys, de Gobham et de Shrewsbury. Les deux derniers, pour avoir plus d'une fois défendu la cause de la reine d'Ecosse, avaient été condamnés à en faire partie. Malgré les plus actives perquisitions, on ne put trouver une seule ligne qui fournît la preuve que Marie avait conspiré contre la vie de la reine d'Angleterre. Pas une seule de ces pièces ne fut, d'ailleurs, produite contre elle lors de son procès^.
par M, John MoRBis, The Letter-Books of sir Amlas Poulet, etc., p. 263. Les commissaires d'Elisabeth, probablement par son ordre, ne se contentèrent pas de faire main basse sur tous les diamants et autres pierreries de la reine d'Ecosse, ils enlevèrent aussi toutes les parures ornées de perles et autres pierres précieuses. Tous ces bijoux devaient s'élever à une somme considérable. Ils devinrent la proie d'Elisabeth, avant qu'elle envoyât sa victime à l'échafaud.
* Camdeni Annales, etc., Tytler, t. VIII; Miss Strickland, t. VIII; Froude, t. XII; Jules Gauthier, t. II.
2 Histoire de Marie Stuart, par J. Gauthier, t. II; Mary Qiieen of Scots and her latest english historian, etc., .James F. Mehne. London, 1872. M. Froude, avec la plus insigne mauvaise foi, n'en soutient pas moins « que pendant l'examen des papiers saisis à Ghartley, on trouva la preuve que les
En attendant , avide de tout savoir, Elisabeth faisait demander à Paulet par Walsingham un récit complet de tous les derniers événements qui venaient de se passer à Ghartley et à Tixall. Ce n'est pas, lui disait-elle, qu'elle le suspectât d'avoir rien omis dans l'accomplissement de ses devoirs, mais parce qu'elle aui-ait grand plaisir à lire ce récit *.
Le 22 août-, Paulet écrivait de Tixall, à Walsingham : « Gomme vous me laissez le choix, ou de demeurer ici ou de retourner à Ghartley, lorsque cette maison aura été consciencieusement fouillée, ce qui a été fait par M. Waad et les autres commissaires, je ne vois plus de raison pour prolonger notre séjour ici, mais plutôt un juste motif pour que nous retournions à Ghartley, soit pour diminuer les charges de Sa Majesté et pour éviter l'agitation occasionnée dans ce comté par les gardes extraordinaires autour de cette maison de Tixall et dans les villes voisines, soit pour la sûreté de la charge qui m'est confiée, la maison de Ghartley étant bien autrement forte , puisqu'elle est entourée d'eau. J'ai donc résolu de retourner à Ghartley aussitôt que possible, et pour cela je demande l'assistance des gentilshommes bien pensants de ce pays pour me fournir une escorte de cent cavaliers au moment du retour. » — « Je vous avoue, ajoutait-il, que je me sens tout disposé à éloigner le prêtre (Du Préau , l'aumônier de Marie Stuart), et pourtant je ne voudrais pas le mettre en liberté sans des ordres spéciaux de votre part, et même je ne pense pas qu'on doive lui permettre de se retirer en France, jusqu'à ce que l'affaire en main soit terminée. Je le transporterai dans la maison de M. Gresley (un gentilhomme du voisinage), où il restera jus-, qu'à ce que vous décidiez ce qui doit être fait de lui. Si je le
pires soupçons formés contre elle étaient au-dessous de la vérité » ! Froude's Hislory of Elisabeth, vol. YI.
1 Nicasius Yetsweirt à Walsingham, Windsor, 19 août 1586, The Letter~ Books of Amias Poulet, p. 260; State Papers Office.