‹ Marie StuartChapitre 48 sur 231 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

Aniyas suivi de son fils Georges, de Richard Bagot ', de ses serviteurs et d'une nombreuse suite de ses gardes, armés de dagues et d'épées, se présenta à la porte de la reine. Il laissa son escorte dans l'antichambre, et ayant pénétré seul avec Bagot dans la chambre de l'auguste prisonnière , il en fit sortir ses femmes et ses serviteurs , non moins surpris qu'alarmés d'une action si étrange et si menaçante. Bourgoing, « fort triste et pensif » , s'était attaché à la porte, et, à- force d'instances, avait obtenu la permission d'v rester avec le chirurgien Gervais. Alors sir Amyas s'acquitta de son message. Il dit à la reine d'un ton rude qu'elle était formellement accusée d'avoir suscité les troubles qui venaient d'agiter le royaume, et que l'argent qu'elle avait entre les mains était cause de tout le mal. « C'est par ce moyen, lui dit-il, que vous avez suborné, en Angleterre et sur le continent, nombre d'hommes qui ont été traîtres à leur patrie. Aussi, le , Conseil a-t-il ordonné que cet argent me serait remis en dépôt *.

— Je n'ai point d'argent et n'ai jamais suborné personne, lui répondit la reine, non moins émue qu'indignée de cette nouvelle violence. Ayant reçu parfois des services, j'ai cru de mon honneur de m'en montrer reconnaissante; mais je me soumettrai à tout ce qu'on voudra, s'il se peut prouver que j'ai tenté de corrompre qui que ce soit. Ce n'est point à vous ni au Conseil de me gouverner; il n'a point d'autorité sur moi, et je ne; vous livrerai point mon argent.

— Il faut que je l'aie, répondit froidement Paulet, et j'ai amené pour témoin M. Bagot , gentilhomme respectable et solvable. Il ne vous sera fait aucun tort et vous ne perdrez rien... Ne vous troublez pas davantage; mieux vaut donner

* Le magistrat qui avait assisté Waad dans la perquisition des papiers de la reine, à Chartley.

2 Journal inédit de Bouj-going . ^

«et argent de bonne volonté que si vous y étiez forcée et en faisiez plus grand bruit » .

Marie lui répondit d'un ton de résolution encore plus accentué qu'elle s'y refusait absolument. Et comme il répétait que, si elle ne le lui livrait, il le prendrait de vive force : « Vous le pouvez faire, s'écria-t-elle, mais je ne reconnais à personne le droit de me commander.

— Je ferai rompre la porte, dit Paulet d'un ton menaçant.

— Ne l'épargnez pas » , lui répliqua Marie,

Il insista avec force pour qu'elle commandât à Elisabeth Curie de lui livrer la clef.

« Je n'en ferai rien « , lui déclara-t-elle d'un ton de plus en plus énergique.

Exaspéré de ce refus, Paulet sortit pour demander la clef à Elisabeth , mais cette courageuse fille refusa de la lui donner, à moins d'un ordre formel de sa maîtresse. Alors, ne pouvant plus maîtriser sa colère, l'implacable geôlier chassa de l'antichambre tous les serviteurs de Marie. Ces pauvres gens, qui ne pouvaient se rendre compte du motif de ces violences et qui craignaient que la vie de leur maîtresse ne fût en extrême danger, lui demandaient, tout tremblants et les larmes aux yeux, « ce qu'il voulait faire de cette princesse ainsi malade et affligée » .

Bien qu'inaccessible à tout sentiment de pitié , le vieux puritain, qui se révoltait à la seule pensée qu'on pût le croire capable d'un assassinat, s'écria d'un ton bref : « Votre maîtresse n'aura point de mal , qu'on me croie sur ma parole et mon serment, et que personne ne s'en fâche ou trouble davantage. »

Il ne tarda pas à revenir, escorté de ses gardes , armés de barres de fer ', et, comme il faisait mine de vouloir enfoncer la porte du cabinet, la reine, brisée par cette lutte, fit appeler Éhsabeth Curie, et lui donna l'ordre de livrer la clef. L'in-

1 Journal inédit de Bourgoin<j.

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