CHAPITRE QUATRIEME
mode d'exécution prescrit par la loi serait aussi terrible que tout ce que l'on pourrait imaginer, pourvu que le bourreau, en présence de la multitude, prît soin de traîner le supplice en longueur jusqu'aux dernières limites de la souffrance humaine'. Qui le croirait? Elisabeth fut peu satisfaite de cette réponse , et chargea Burghley de témoigner tout son mécontentement aux juges et aux membres de son Conseil.
Sept des conjurés furent exécutés, le 20 septembre, d'après l'atroce procédé de Burghley*. Le bourreau, après avoir détaché , vivants encore , les patients de la potence, les éventra et leur coupa les extrémités des membres'. Dans l'espoir d'animer la foule contre eux, Burghley fît courir le bruit que
sur le genre de supplice qu'auraient à snljir les condamnés conformément à la loi, on ajoutât à la fin de ladite sentence cette disposition : h Que, considérant l'horrible trahison commise contre la personne de la reine comme une chose inouïe, on en référera pour les supplices a Sa Majesté et a son Conseil. » TrrLEn, t. VIII, p. 299; Hosack, t. II, p. 396.
' « J'ai dit à Sa Majesté, écrivait Burghley à Hatton, que si l'exécution était bien et dûment faite a\ec toute l'extension des peines imposées par la loi, en vue de tout le peuj)le, leur genre de mort serait aussi terrible que pourrait l'être aucune invention nouvelle. Mais, malgré cela, Sa Majesté ne fut pas satisfaite, et m'a commandé de vous en écrire pour que vous le déclariez aux juges et aux membres du Conseil. » 12 septembre 1586; Egerton, Mss. du British Muséum; Papiers de la conspiration de Babington, de la collection de M. Leigh.
2 Babington, Savage, Ballard, Barnwell, Tilney, Abington, Tichbourne. Ils furent conduits et exécutés à Saint-Gilles-aux-Champs, où ils avaient tenu leurs réunions. Howell's State Trials.
3 « Ballard fut exécuté le premier; il fut éventré, et ses entrailles furent arrachées pendant qu'il était en vie. Babington contempla l'exécution de Ballard sans être abattu le moins du monde ; les autres détournaient la tête et priaient à genoux. Babington, ayant été tiré des fourches patibulaires encore en vie, ec sur le point d'être éventré ou écartelé, cria à plusieurs reprises , en latin : Parce mihi, Domine Jesu. Savage brisa la corde, tomba de la potence et fut saisi par l'exécuteur. On lui coupa les extrémités et on l'éventra tout en vie. Barnwell, Tichbourne, Tilney et Abington furent exécutés avec la même cruauté. » Howell's State Trials, t. I, p. 1157-, Hosack, t. II, p. 405, note.
leur dessein avait été d'incendier Londres, d'enclouer tous les canons , de détruire la flotte , et de marier la reine d'Ecosse avec Babington. Mais le peuple, à la vue de ces malheureux jeunes gens livrés à un supplice aussi horrible qu'inusité jusquelà , passa bientôt de la pitié à la fureur, et devint si menaçant que , le lendemain , Elisabeth dut faire exécuter les autres condamnés suivant l'usage ordinaire '.
Le matin du jour fixé pour son exécution, Babington fit une déclaration qui existe encore. Comme c'est la seule confession originale qui nous reste de tout ce procès, il est utile de la mettre sous les yeux du lecteur. Le papier sur lequel elle est écrite contient plusieurs alphabets en chiffres, et, sur le verso, on lit les lignes suivantes : « Je reconnais que le dernier des alphabets écrits sur ce papier est celui dont je me suis servi pour écrire à la reine d'Ecosse. Reconnu le 20 septetnbre 1586. Signé : Anthony Babington*. » Sans aucun doute, l'acte est authentique,et peut être considéré comme une confession que Babington fit de son crime, ce que, en fait, il avait déjà admis dans le procès. Qu'est-ce que cela prouve contre la reine d'Ecosse? Absolument rien. La question n'est pas de savoir ce qu'il lui écrivit, mais ce qu'elle lui écrivit. Or, sur ce point essentiel, la confession de Babington, qui a donné lieu à tant de fausses interprétations, nous laisse dans l'obscurité la plus complète.
* Salisbury, Doun, Jones, Cbarnock, Travers, Gage, Bellamy. (Howell's State Trials, t. I; Mendoza à Philippe II, 20 octobre 1586; Papiers de Simancas, Camden, Tytler, t. VIII; Jules Gauthier, t. II.) Ces derniers complices de Babington, dit M. Hosack, furent condamnés sur des preuves insuffisantes (t. II, p. 400). « Gilbert Gifford mourut peu de temps après, dans une prison française, digne fin de son infâme carrière! » (Hosack, t. II, p. 406.) Il y avait été enfermé, dit Camden, pour vie déshonnête.
2 Record Office; Domestic séries. La suscription de Babington est d'une très-belle et très-nette écriture. Le reste est écrit d'une main différente, mais attesté par l'attorney général Popham, le solliciteur général Egerton, lord Hunsdon , sir Francis Knollys, et autres personnes notables. Hosack, t. II, p. 402, note.