CHAPITRE QUATRIÈME
Le docteur Lingard lui-même, qui, dans son Histoire, est constamment favorable à Marie Stuart, était sous cette impression qu'au matin de son supplice, Babington reconnut comme authentique une copie de la fatale lettre qu'il envoya à Marie, et aussi une copie de la réponse'. Mais d'après les termes mêmes de la confession de ce dernier, on voit que c'est là une grave erreur. On peut croire que tous les efforts imaginables furent tentés pour obtenir de Babington, avant son exécution, une accusation formelle contre la reine d'Ecosse, et que, dans l'espoir d'obtenir quelque adoucissement aux affreux supplices qu'il allait subir, il avait un puissant motif pour découvrir ce qu'il savait. Et pourtant on ne put lui arracher qu'une déclaration tout à fait étrangère à la culpabilité ou à l'innocence de Marie Stuart^.
Il existe au Record Office une copie de la lettre de Marie à Babington , déchiffrée , et en français. A la fin de cette copie se trouvent des attestations de Babington et des deux secrétaires de la reine d'Ecosse; mais ces attestations ne sont que des copies de la main de Phelipps ^, de même que le corps de la
• Il dit que Babington, avant son exécution, fut amené à reconnaître comrae vraies les copies de la lettre à Marie et de la réponse de cette princesse. Mais Babington ne dit absolument rien de ces lettres dans sa confession; il ne parle que de l'alphabet seul. Voir la note très-remarquable du docteur Lingard au sujet de la conspiration de Babington, t. VI, Appendix TT; HoSACK, t. II, p. 402, note.
2 HosACK, t. II, p. 402 et 403.
3 Le prince Labanoff a donné le texte de ces attestations à la suite de la lettre de Marie Stuart à Babington, t. VI, p. 394 et 395. On sait que Babington, après avoir déchiffré la dernière lettre que lui écrivit Marie, en se faisant aider par son complice Tichbourne, et après en avoir montré la traduction à Doun et à Ballard, eut soin de l'anéantir. Nous ne doutons pas que la réponse qu il reçut ne fût une copie d^ns laquelle Phelipps avait glissé les interpolations criminelles, afin que l'on pût obtenir de Babington, une fois arrêté, des aveux contre la reine sur le chef du complot du meurtre, et faire servir la copie saisie de pièce de conviction, hors de la présence de Marie et de ses secrétaires.
lettre, dont l'authenticité n'est attestée par aucun des ministres d'Elisabeth. C'est uniquement sur cette pièce, qui n'offre d'autre garantie que d'avoir été écrite par le faussaire Phelipps, que Marie Stuart fut condamnée à mort, et que certains historiens trop passionnés ou trop crédules se sont fondés pour la déclarer coupable.