‹ Marie StuartChapitre 57 sur 231 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Walsingham ordonna aussitôt à Phelipps, qui s'était de nouveau glissé dans Ghartley, d'en faire la recherche sur les indicationsque venaient de lui donner, disait-il, Nau et Curie. « Je vous prie, lui écrivait-il ' , de découvrir les minutes qui ont été écrites par Nau, lequel n'est pas si fortement accusé que Curie, lui qui a écrit les lettres adressées à Englefield et à Charles Paget, et qu'il a déclarées siennes. Nau dit que les minutes ont été faites par la reine leur maîtresse. Curie et Nau sont résolus à rejeter tout le poids sur elle. Ils seront amenés confesser qu'ils ont connu les lettres échangées entre elle et Babington. Je voudrais , par Dieu ! que ces minutes fussent trouvées ^. » Peu après, Walsingham écrivit à Elisabeth qu'elles n'existaient plus *. Peu convaincue, elle ordonna que l'on fît à Chartley les recherches les plus minutieuses, ces minutes devant se trouver, disait-elle, dans les cartons de Pasquier, l'un des serviteurs de Marie Stuart, qui avait été arrêté en

' Post-scriptum autographe d'une lettre de Walsingham à Phelipps, du 3 septembre 1586 : The Letter-Books of Amias Poulet, etc., p. 284. — Il est digne de remarque que, tandis que, dans ses premiers interrogatoires, Nau jura qu'il avait écrit la lettre de Marie à Babington, d'après une minute de la main de la reine , dans l'interrogatoire du 21 septembre, dont il ne nous reste qu'une analyse de la main de Phelipps, Nau dit que sa maîtresse dicta la lettre adressée à Babington, et Guile, pour la première fois, dit qu'il brûla la version anglaise de cette lettre par l'ordre de Marie. Une telle contradiction ne j)eul que redoubler la défiance contre Phelipps. Le post-scriptuni que nous venons de citer est d'une grande importance, en ce qu'il prouve' que les minutés de la lettre de Marie à Babington ne furent pas trouvées dans les papiers saisis à Chartley, soit la minute écrite en français par Nau, soit celle traduite en anglais par Curie, soit enfin les notes autographes de la reine, si tant est qu'elle en écrivit, comme le dit Nau ou comme on le lui a fait dire. (John MoRRiS, The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc.) Ce qu'il y a de certain, c'est que si ces minutes furent retrouvées plus tard, en totalité ou en partie, elles ne furent pas produites lors du procès, par la raison bien simple qu'elles auraient probablement fourni la preuve des interpolations que les faussaires glissèrent dans la réponse de Marie à Babington.

2 I would to God those minutes were found.

3 Tyxler, t. VIII, Appendice n» 1.

même temps que Nau et Curie '. Ces nouvelles perquisitions n'amenèrent aucun re'sultat connu de l'histoire *. II est donc de

* « Sa M.njesté, écrivait Waad à Phelip]>s, le 7 septembre, désire que vous veniez immédiatement ici (à "Windsor), car, d'après la confession de Nau, il paraîtrait que nous n'avons pas cherché suffisamment. 11 assure, en effet, que nous deyions trouver, parmi les minutes qui étaient dans le coffre de Pasquier, les copies des lettres manquantes, en anj^Iais et en français. Je soupçonne un paquet que vous aurez déchiffré. Il faut apporter les minutes des lettres que vous aviez ici. » The Letter-Bookx of sir Àmias Poulet, etc., p. 287.

S'il fallait s'en rapporter à la déclaration, plus que suspecte, attribuée à Nau, et dont il ne reste qu'une copie, il prétendit, dit M. Hosack, que la minute de la lettre adressée à Babington par la reine était de la propre main de cette princesse, qu'elle se trouvait parmi les papiers saisis à Chartiey, et qu'elle était alors entre les mains de Walsingham. La production de cette minute aurait tranché la question du crime ou de l'innocence de Marie. Mais elle n'eut jamais lieu. Le jour qui suivit la date de la déclaration de Nau, Walsingham informa Phelipps qu'il était impossible de la trouver. Il ne mit pas en doute l'assertion de Nau, et, en vérité, Nau n'avait aucun motif pour affirmer que les minutes en question existaient, si elles eussent été détruites; mais Walsingham avait un motif important pour les détruire, si elles ne contenaient rien qui fût de nature à impliquer Marie dans le conrtplot contre la vie d'Elisabeth. Or, poursuit M. Hosack, nous avons déjà vu que, sans hésiter, Walsingham et ses collègues pouvaient supprimer les pièces qu'il ne leur semblait pas opportun de produire. Mary Queen of Scots and her accusers, t. II, p. ;i93.

- Dans une lettre de Walsingham à Phelipps, en date du 4 septembre 1586, on voit que le secrétaire, à défaut de la minute de la réponse de Marie, qu'il n'avait pu retrouver, disait-il, faisait tous ses efforts pour corrompre Curie. La lettre est trop essentielle pour ne pas en citer un fragment : « Ce matin, dit-il à Phelipps, j'ai reçu la lettre de Mills, et, cette après-midi, il m'a rendu compte de ses entrevues avec Curie, comme il est dit dans l'incluse, par laquelle vous verrez que Curie témoigne de la réception de la lettre de Babington et de la réponse de sa maîtresse, dont il accuse Nau d'avoir été le principal instrument. J'ai pris sur moi de lui faire espérer de l'indulgence, s'il agissait ouvertement, m'y trouvant porté parce que la minute de sa réponse (sic) n existe pas, et que j'ai compris que Nau n'en confesserait pas plus que nous ne pouvions l'accuser. S'il plaisait à Sa Majesté de recevoir Curie en grâce, au cas où il révélerait des choses intéressantes pour elle, on pourrait faire valoir ce motif qu'il est étranger, et qu'il n'a agi que d'après l'ordre de sa maîtresse. Si Sa Majesté le permet, je désirerais le garder encoi'C

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