‹ Marie StuartChapitre 58 sur 231 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

toute évidence qu'à moins que ces notes, écrites de la main de Marie Stuart, n'eussent été retrouvées, et ne continssent son adhésion formelle au meurtre de la reine d'Angleterre, Walsingham lui-même considérait comme insuffisantes les preuves qu'il avait en sa possession \ Ce fut cependant sur de telles preuves que Marie fut condamnée à mort.

On prétendit plus tard, sur une déclaration supposée de Curie, <t que la lettre de Babington à la reirje d'Ecosse, et la minute de la réponse de celle-ci , furent toutes deux brûlées par Curie sur un ordre de sa maîtresse^ » . " Mais cette histoire, dit M. Hosack, ne fut pas répétée à Fotheringay, en présence de la reine d'Ecosse. Elle ne fut affirmée que hors de sa présence, à la Chambre Étoilée de Westminster, où la contradic-

quelque temps chez moi, etc. « The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 284-285.

M Froude, dans son Histoire d'Elisabeth, soutient que la minute de Nau, qui avait échappé aux recherches faites à Chartley, fut trouvée dans un rouleau de papiers, qu'il montra ou désigna lui-même. Rien n'est moins exact, d après la lettre de Walsingham à Phelipps, du 4 septembre, que nous venons de citer. Rien ne prouve que les nouvelles perquisitions auxquelles se livrèrent ou feignirent de se livrer Waad et Phelipps aient amené cette découverte. Il est dit dans les papiers fort suspects d'Hardwick, et sans la moindre preuve authentique, « que l'on produisit un papier écrit i)ar Nau, contenant deux courtes minutes et des notes des principaux points de la lettre de Babington et de la lettre de la reine d'Ecosse à Bablngton, trouvée parmi ses papiers n. Chartley ». Ces notes étant montrées à Nau, il confessa, en les voyant, qu'elles étaient de sa main, et déclara qu'après avoir lu la lettre de Babington à la reine, et reçu son ordre pour y répondre, il écrivit ces mêmes notes pour lui servir de Mémoire dans la composition des autres lettres, etc., etc. « Dans ce papier, est-il dit, parmi d'autres passages, se trouvent ces mots en français, le coup, ce qui ne peut guère vouloir dire autre chose que le coup pour l'assassinat de la reine Elisabeth, etc. " Or, on vient de voir que Walsingham lui-même atteste que l'on ne put retrouver a Chartley les minutes des lettres en question. Ces deux mots, le coup, se trouvent, en effet, dans la copie que nous connaissons de la prétendue lettre de Marie à Babington.

1 TVTLER, t. VIII,

2 Hardwick' s Papers.

tlon était impossible. A Fotheringay, elle ne cessa de demander à ses accusateurs de produire ses lettres, et jamais ils n'osèrent lui répondre qu'elle avait ordonné de les détruire '. » Nous ferons observer encore qu'à part une confession de Nau dont l'original est au Record Office, toutes les autres confessions des deux secrétaires n'existent plus qu'en copies, et qu'elles n'offrent, par conséquent, aucune garantie d'authenticité ^.

Walsingham avait, ou avait eu en main, l'expédition de la lettre de Marie adressée à Babington, écrite et chiffrée de la main de Curie. Mais cette lettre, non signée par elle , et de la main d'un secrétaire, à supposer qu'elle eût contenu un passage exprimant le consentement de Marie au meurtre d'Elisabeth , cette lettre ne pouvait servir que de preuve indirecte ; elle était discutable, suspecte, et laissait place au doute. Nau, homme fort entreprenant et des plus audacieux, ne pouvait-il pas, sans avoir consulté sa maîtresse, avoir dicté à Curie, qui lui obéissait aveuglément, les parties incriminées de la lettre? ou bien la lettre tombée aux mains de Walsingham et de Phelipps, et restée pendant longtemps en leur possession, ne pouvait-elle pas avoir été altérée et interpolée par eux? Marie,

1 HosACK, t. II, p. 394.

Dans les Papiers d'Hardwick, on lit ce qui suit, à propos du procès de Westminster : « On présenta aussi un papier écrit par Nau, contenant les minutes et notes des principaux points de la lettre de Babington à la reine et de la lettre de la reine à Babington... Dans ce papier, entre autres choses, est contenu le mot coup, ce qui ne peut guère vouloir dire autre chose que le coup pour tuer Sa Majesté. » Si cette minute de Nau fut véritablement produite à Westminster, ce que l'on ne peut savoir, elle prouverait que le mot coup fut le seul qui fixa l'attention des commissaires, et qu'il n'y était nullement question des six gentilshommes qui devaient expédier Elisaheth, ce qui eût été infailliblement signalé. Cette analyse de la minute de Nau, si cette dernière est véritable, prouverait donc, à elle seule, les Interpolations de Phelipps, puisqu'elle n'en fait aucune mention. Cette pièce, si elle a jamais existé, a disparu.

2 HoSACK, t. II.

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