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CHAPITRE SIXIEME

milles seulement de Londres; quant à ce château, il refusait de le lui nommer. Le messager de Paulet ajoutait, de la part de son maître, et pour que cette translation se fît du plein gré de la reine, « qu'elle y serait très-bien, qu'elle se préparât tout à son aise pour y aller quand il lui plairait, et que ce serait à son choix, aussi tôt ou aussi tard qu'elle voudrait » . En même temps il lui promit, au nom de Paulet, que, dès qu'elle serait arrivée au lieu de sa destination, tout l'argent qui lui avait été enlevé lui serait rendu. Cet argent, disait le messager, n'avait été saisi, d'après l'opinion de son maître, que dans la crainte « que Sa Majesté n'en donnât et n'en mal usât par les chemins » pour occasionner quelque soulèvement en sa faveur'.

La reine, dit Bourgoing , fît répondre à Paulet « qu'elle ne désirait autre chose que de partir , tout indisposée qu'elle était; qu'elle aimait mieux quitter Ghartley de bonne heure, de peur de devenir pis ^ » , et qu'elle estimait être prête dans deux ou trois jours.

Le départ fut fixé au 21 septembre. La veille, sir Amyas, à la prière de plusieurs des serviteurs de la reine, qui se trouvaient dans le plus grand dénûment depuis leur séquestration, fit demander à sa captive qu'il lui fût permis de prélever quelques sommes sur l'argent dont il était détenteur, pour les leur distribuer. Marie s'y refusa d'abord , exigeant que cet argent

^ Journal inédit de Bourgoing . *

2 Une lettre de Paulet à Walsingliam , du 15-25 septembre, confirme l'empressement que témoigna la reine à quitter Ghartley. Les mesures ordinaires, est-il dit dans cette lettre, furent prises pour le soin de son corps. Des chars traînés par des bœufs furent envoyés, avant elle, pour transporter son énorme bagage. (Froude's History.') « Cette dame, disait Paulet à Walsingham , est très-heureuse de sa translation , car elle espère avoir souvent des nouvelles de l'ambassadeur de France, n'étant plus qu'à trente milles de Londres. Vinjjt chariots seront chargés demain matin, et je pense que nous partirons d'ici vers le milieu de la semaine prochaine, sauf avis contraires. » The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 292 et 293.

lui fût rendu afin qu'elle pût en disposer à son gré, et n'entendant pas que Paulet fût son trésorier. Après un refus formel de celui-ci , elle demanda qu'on lui remît du moins quelques centaines d'écus pour qu'elle les fît distribuer à ses serviteurs par les mains mêmes de Paulet. Mais l'intraitable geôlier, qui s'entenait aveuglément à la lettre rigoureuse de ses instructions , lui manda «qu'il donnerait tout ce qu'elle voudrait, sous sa propre signature et sa décharge » , mais, résolument, « qu'elle ne manierait point d'argent » . Enfin, la pauvre princesse , dominée par un noble sentiment de générosité pour ses serviteurs, fit taire ses justes griefs, et, bien qu'elle pût à peine se servir de sa main droite , fort endolorie par son rhumatisme , elle écrivit et signa un mémoire des sommes qu'elle voulait distribuer aux fidèles compagnons de sa captivité. « Ce que j'en fais, dit-elle, est par contrainte et pitié, parce que les pauvres gens sont en danger de nécessité et dépourvus de tout par les chemins. Pour le reste, je les adresse à l'ambassadeur de France, qui leur donnera pour achever leur voyage en France, où ils seront payés de leurs gages et auront récompense , chacun en son endroit '. »

Cependant sir Thomas Gorges, gentilhomme pensionnaire d'Elisabeth, après avoir mené prisonniers à Londres Nau et Curie , était revenu à Chartley pour assister sir Amyas Paulet dans la mission de conduire la reine d'Ecosse à sa nouvelle prison*. En le voyant arriver avec Stallenge ', huissier du Parlement , les serviteurs de la reine, qui avaient surpris quelque émotion sur son visage, furent dans la plus vive anxiété ;

* Journal inédit de Bourgoing. Cet argent ne fut remis que fort longtemps après aux serviteurs de Marie Stuart. Ibidem.

2 Ce ne fut point à sir Walter Mildmay et à Barker, comme il est dit dans Howell et ceux qui l'ont copié, que fut confié le soin de cette translation.

3 11 est question de ce ]iersonnage dans une lettre de Paulet à Walsingham, du 25 octobre 1586, [The Letter-Books of Amiax Poulet, p. 300.) Bourgoing écrit son nom Standlin,

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