‹ Marie StuartChapitre 70 sur 231 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

répondre, et non pas moi. Votre maîtresse sait bien que je l'ai souvent avertie qu'elle prît «:ardeà elle, et que, par aventure, les rois et princes chrétiens pourraient entreprendre quelque chose en ma faveur. Sur quoi la reine d'Angleterre me répondit qu'elle était aussi assurée du bon vouloir des étrangers que de celui de ses sujets, et que l'on n'avait que faire de moi '.

— Je prie Dieu qu'il en soit ainsi » , se contenta de répondre sir Thomas Gorges.

Depuis ce moment, il ne rompit le silence qu'à de rares intervalles; « mais il se mit en devoir en toutes façons, dit Bourgoing, de faire bons offices à la reine par les chemins, tant pour son logis que pour les commodités requises au voyage » .

Jusqu'au dernier moment, la reine ignora le lieu de sa destination, et se perdit en conjectures sur ce point, croyant aller tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Chaque matin, avant le départ, ses gardiens se contentaient de lui dire si elle avait K une grande ou une petite journée à faire, et quelquefois combien de milles » , mais jamais on ne voulait lui désigner le lieu où elle devait coucher la nuit suivante. A cause de son état maladif, on ne cheminait qu'à petites journées. Cette longue file de cavaliers et de voitures, traversant les campagnes et les villes, éveillait partout la curiosité de la foule. Mais soit qu'elle ignorât le rang de l'illustre prisonnière, ainsi conduite dans le plus grand mystère , soit qu'ayant deviné son nom à l'appareil imposant que l'on avait déployé pour l'escorter, et que le spectacle d'une si grande infortune lui en eût imposé, aucune manifestation malveillante, aucun cri hostile ne se fit entendre sur le passage de l'infortunée Marie.

Jusqu'à présent, si l'on en excepte le lieu de Burton, les historiens ont complètement ignoré quelles furent les diverses

' J ournal inédit de Bourgoing.

stations où s'arrêta la royale captive pendant son itinéraire de Chartley à Fotheringay. Grâce à la Relation de Bourgoing , cette lacune est aujourd'hui comblée :

« Partis que fûmes de Burton ', dit-il, environ les onze heures, XXII" septembre, arrivâmes au château nommé Hastz*, appartenant au comte de Huntingdon, distant de Burton environ sept milles , où nous couchâmes pour ce jour.

« Le lendemain, XXIII' septembre, partis à dix heures du matin, arrivâmes à la villede Renester % distant environ quinze milles, et fut Sa Majesté logée en l'hôtellerie des faubourgs, à l'Ange.

(■<■ Le XXIV", partîmes, environ la même heure*, et arrivâmes assez tard, pour cause de la pluie , au logis d'un gentilhomme, nommé Mr. Roger Swith, au hallage de Hestymshire, en Rutland, distant comme dessus.

« Le dimanche (XXV*) , arrivâmes au château de Fotheringay % distant quasi comme dessus, maison de la reine d'Angleterre, et passâmes par le château de Collunwaston , maison appartenant à ladite reine, distant d'environ quatre ou cinq milles. D

^ Burton, dans le Staffordsliire, en tirant vers le sud-sud-est.

2 II s'agit, sans doute, d'un manoir existant encore, et portant le nom de Hill-Hall. Sur une fenêtre de cette habitation, on peut lire une iiiscription latine du temps, laquelle constate le passage en ce lieu de Marie, reine d'Ecosse, le 21 septembre 1586, venant de Chartley et ayant traversé Burton. Miss Strickland, qui donne ce détail, dit que Marie se reposa et se rafraîchit, sans doute, dans cette maison isolée. Voir aussi H'islory of Staffordshiie, by ScHAW. Hill-Hall doit se trouver dans le comté de Stafford, de même que Chartley, mais au sud-sud-est.

3 Pendant la journée du 23, le cortège traversa la partie sud du Derbyshire et arriva à la station ci-dessus indiquée, qui devait se trouver dans le comté de Leicester.

^ Le 24, fut parcouru, dans toute sa largeur, le comté de Leicester, et, sur le soir, on arriva dans le comté de Rutland. S Dans le Norlhamptonshire.

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