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CHAPITRE SIXIEME

— Aussi ne vous en fais-je point un reproche » , lui re'pliqua Marie avec douceur.

A partir de ce moment, sir Thomas Gorges ne rompit plus le silence.

Vers le soir de cette première journée, le triste cortège s'arrêta à Burton pour y passer la nuit, et sir Thomas conduisit la reine jusqu'à sa chambre avec la plus grande courtoisie.

« Dans la crainte de troubler Votre Grâce , lui dit-il , et lassée , comme il semble , de cette première traite , je remets à demain ce que j'ai à lui dire de la part de ma maîtresse. »

Marie passa la nuit « en grande inquiétude » de savoir ce que <;ontenait le nouveau message d'Elisabeth. Le lendemain matin, au moment du départ, lorsque l'escorte des cavaliers était déjà rangée en ligne devant la porte de son logis et le long des rues de la ville, elle envoya chercher sir Thomas Gorges. Dès qu'il fut en sa présence, l'envoyé d'Elisabeth lui dit en haussant la voix :

« La reine ma maîtresse trouve fort étrange , Madame , que vous, sa parente, et de même qualité qu'elle, ayez participé au nouveau complot contre sa personne, que l'on vient de découvrir, et qui avait pour but de mettre à mort une reine sacrée... Je jure, poursuivit-il, que ma maîtresse ne fut jamais si étonnée, si troublée et si peinée qu'en apprenant cette nouvelle. Elle sait fort bien que si elle eût renvoyé Votre Majesté ■en Ecosse, vous n'y eussiez pas été en sûreté , et que vos sujets vous eussent fait un mauvais parti. De vous envover en France , elle n'y pouvait songer ; on l'eût , en vérité , prise pour une sotte.

— Je n'ai jamais rien entrepris ni voulu rien entreprendre soit contre la reine d'Angleterre, soit contre son royaume , lui répondit Marie avec le plus grand calme, « et je ne suis pas de si peu de considération que de vouloir faire mourir » ou frapper d'une main sacrilège « une ointe du Seigneur, telle que je le suis moi -même » . Je me suis comportée envers votre maî-

tresse comme je le devais. Je ne sais si la reine, ma bonne sœur, a fait comme Saûl; mais, loin de penser à lui ôter la vie, je l'ai plusieurs fois prévenue, — elle le sait bien, — de tout ce que je pouvais savoir des conspirations qui se tramaient coptre elle , en l'avertissant de se tenir sur ses gardes , et qu'il y avait en Angleterre nombre de gens suspects qui formaient de dangereux desseins contre sa personne. Que de fois je l'ai suppliée de m'accorder une entrevue, afin que nous pussions, d'un commun accord , régler tous nos différends , et par ce moyen mettre sa vie en sûreté ! Mais , loin de vouloir m'entendre, on a rejeté toutes mes offres avec mépris. Ce n'est point en reine captive que j'ai été traitée, en prisonnière de guerre, mais en personne privée, en sujette sur qui l'on aurait puissance de vie et de mort. On m'a ôté toutes les douceurs de la vie, sans qu'il m'ait jamais été permis de communiquer librement avec mes parents et mes amis. J'ai été enfermée et placée sous la surveillance d'un homme sans le congé duquel je ne pouvais faire un pas, « et qui m'a été aussi rigoureux que possible , non-seulement en ma liberté et captivité , mais pour mon boire et mon manger». Pendant ma longue prison, la reine, votre maîtresse, n'a cessé de soutenir contre moi mes sujets; elle m'a aliéné le cœur de mon fils, elle a fait une ligue avec lui , de laquelle j'ai été rejetée comme une personne abjecte. J'ai été abandonnée , sans aucun confort ni espoir, et privée de tout bien... » Mais si les princes mes parents, mes amis, mes alliés, émus de compassion, et prenant en pitié mes malheurs, « se sont mis en devoir de me soulager et de m'aider en ma misère et captivité, me voyant destituée de tout service, de tout secours » , poiivais-je moins faire que de me jeter entre leurs bras « et me mettre à leur merci » ? Toutefois , je ne sais quels sont leurs desseins, ce qu'ils auront entrepris ou eu l'intention de faire. « Je ne m'en mêle point et ne m'en suis nullement mêlée. S'ils ont fait ou entrepris chose que ce soit, que la reine d'Angleterre s'en prenne à eux. » Ils sont là pour en

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