CHAPITRE SEPTIÈME
tout de consulter les te'moins oculaires. Ronsard, Brantôme et Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, qui prononça l'oraison funèbre de Marie à Notre-Dame de Paris, s'accordent tous à dire qu'elle était blonde. Ils ne diffèrent que sur la nuance. Brantôme parle de « ses cheveux si beaux, si blonds et cendrés » ; Ronsard, de « tor de ses cheveux annelés et tressés » , et Renaud de Beaune, de « ses cheveux si blonds et forts, devenus tout blancs à cause de sa longue prison » .
Il existe à la Bibliothèque Sainte-Geneviève deux portraits de Marie Stuart du seizième siècle, aux crayons de couleur, d'après deux tableaux originaux de François Clouet, dit Janet. Dans l'un, qui la représente en Dauphine, elle a les cheveux d'un blond cendré ; dans l'autre, qui nous la luontre en veuve, en Reine blanche, elle a des cheveux d'un blond ardent '. Plusieurs érudits prétendent que Marie avait une chevelure roussâtre. Le prince Labanoff, excellent juge en pareille matière, car assurément personne n'a vu plus de portraits authentiques de la reine d'Ecosse, partageait cette opinion ainsi que Walter Scott, non moins bien informé '. La même teinte se remarque dans le porti'ait de la reine qui surmonte le monument funèbre élevé dans l'église de Saint-André d'Anvers à deux de ses dames d'honneur '. 11 ne faudrait pas croire cependant que les cheveux de Marie fussent d'un blond trop ardent et tirant
* Ces deux portraits ont été gravés en couleur, sur cuivre, par Riffault, «t figurent dans le Recueil des personiiarjes les plus illustres du seizième siècle, etc., publié par M. Niel. Ils doivent être fort ressemblants; le second, surtout, donne une haute idée de la distinction et du grand air de Marie Stuari.
- Ce dernier dit, dans VAbbé, en traçant le portrait dé Marie : Tlte thick clustered tresses of dark brown.
^ J'avais dit, par erreur, que ce portrait se trouvait dans la cathédrale d'Anvers; un habitant d'Anvers a eu l'obligeance de m'écrire que ce portrait existait encore, non dans la cathédrale, mais dans l'église de Saint- André de cette même ville. Je regrette de ne pas savoir le nom de cette personne pour la remercier de ce renseignement.
sur le rougje. Melvil, qui vécut longtemps près d'elle, à Edimbourg, dit, dans ses Mémoires, que sa chevelure était d'une teinte plus belle que celle d'Elisabeth, laquelle était fortement dorée, « golden coloured », tirant plus sur le rouge que sur le jaune, « redder than yellow ' » .
Lorsque, sous le poids de ses longs malheurs, Marie prit de bonne heure des cheveux blancs, elle fit usage, comme les dames de son temps et du nôlre, de tours et de garnitures de cheveux , ainsi que le prouvent les comptes de dépenses de sa maison. Vers 1569, Nicolas White écrivait à Robert Gecil qu'elle avait des cheveux noirs, et, à partir de cette époque, plusieurs portraits d'elle , qui sont parvenus jusqu'à nous , ont des cheveux de cette couleur. Cependant, de temps à autre, dit Brantôme, la reine « ayant ses cheveux déjà blancs, ne craignait pourtant, étant en vie, de les montrer, ni se les tordre et friser, comme quand elle les avait si beaux, si blonds et cendrés » .
Les poètes contemporains ne tarissent pas sur la grande beauté de Marie Stuart. Ecoutons Ronsard :
Je vis des Écossais la Reine sage et belle
Qui de corps et d'esprit ressemble une immortelle, etc.
Et la mère JSature
Ne composa jamais si belle créature.
Au milieu du printemps, entre les lis naquit Son corps, qui de blancheur les lis mêmes vainquit. Et les roses, qui sont du sang d'Adonis teintes. Furent par sa couleur de leur vermeil dépeintes. Amour de ses beaux traits lui composa les yeux, Et les Grâces, qui sont les trois filles des cieux,
> Melvil's Memoirs, édition du Bannatyne Club d'Edimbourg, p. 123; Causeries d'un curieux, par Feuillet de Conçues, t. IV : l'Art en Angleterre au temps d'Elisabeth, etc.