CAPTIVE. MISE EN JUGEMENT DE MARIE PAR LES COMMISSAIRES
d'ÉLISABETH SÉANT EN LA CHAMBRE ÉTOILÉE. ATTITUDE DES
ROIS DE FRANCE ET d'ÉCOSSE.
Lorsque Paulet fut entré dans Fotheringay, un de ses premiers soins, pour mettre sa captive à l'abri d'un coup de main, fut de faire condamner et murer nombre des ouvertures du château '.
Le samedi l*" octobre, il envoya dire à la reine qu'il aurait « volontiers » cinq à six mots à lui communiquer. Depuis longtemps , Marie et ses serviteurs avaient fait la remarque que , toutes les fois que Paulet avait à donner quelque mauvaise nouvelle , c'était surtout alors qu'il usait des formules les plus polies et qu'il prenait son ton le plus patelin. A peine se trouva-t-il en présence de Marie-, qu'il lui dit brusquement : «La reine d'Angleterre, ma maîtresse , ayant ouï le rapport de M. Gorges, a été fort ébahie et s'émerveille fort que Votre Majesté ait soutenu qu'elle était innocente, attendu que l'on peut prouver tout le contraire de ce qu'elle a dit » . En même temps, il lui
' Journal inédit de Bourgoing. Paulet, dans une lettre qu'il adressait à Walsingham, le 29 septembre, se réjouissait d'avoir quitté l'insalubre maison de Chartley. « Je suis heureux d'apprendre, lui disait- il, que vous allezmieux et que vous êtes l'un des commissaires devant venir ici. J espère que j'aurai le bonheur de vous voir avant de mourir, ce que je n'aurais pas eu le droit de souhaiter si nous étions restés dans cette malsaine habitation de Chartley. Je me trouve déjà mieux depuis mon arrivée ici. » The Letter- Books of Amias Poulet, p. 294.
annonça qu'Elisabeth enverrait bientôt à Fotheringay quelques seigneurs et plusieurs conseillers pour l'interroger. « De quoi, ajouta-t-il, afin que vous ne pensiez qu'on vous veuille surprendre, je vous avertis » . Puis, radoucissant sa voix, Paulet aborda la partie la plus délicate de son message, que Bourgoing va nous révéler pour la première fois , et dont il est superflu de signaler au lecteur toute l'importance. « Vous feriez mieux, Madame, dit-il à Marie, de demander pardon a Sa Majesté et de confesser vos fautes et vos offenses, que de vous faire déclarer coupable. Je vous conseille fort de prendre ce parti, et, si vous y consentez, je le manderai, car je suis prêt à écrire votre réponse.
— C'est de la sorte que l'on a coutume d'en user avec les petits enfants, lui répondit Marie, lorsqu'on veut leur faire confesser quelque faute. Je reconnais véritablement avoir offensé nombre de fois mon Créateur comme pécheresse, et je lui en demande humblement pardon, mais, en tant que reine souveraine, je n'ai à rendre compte à personne de fautes ou d'offenses, hors à Dieu et à son Eglise. Et comme je ne puis commettre fautes ni offenses , aussi ne veux-je point de pardon, et n'en cherche ni n'en veux recevoir de personne vivante. Il m'est avis, sir Amyas, que vous prenez beaucoup de peine inutilement, et que vous « n'avancerez pas beaucoup » .
— Sa Majesté la reine, s'écria Paulet, a des preuves en main de ce qu'elle m'a mandé, et, partant, vous feriez mieux de confesser votre faute, la chose est trop notoire. Mais je manderai à la reine votre réponse.
Alors il prit soin de répéter à Marie tout ce qu'elle venait de lui dire, afin de bien s'assurer du sens de ses paroles, et, lorsqu'elle lui eut déclaré qu'il les avait fidèlement reproduites, il se hâta d'aller écrire à la cour pour lui rendre compte de cet entretien '.
* JouKnal inédit de Bourgoing,