‹ Marie StuartChapitre 90 sur 231 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

tile en expédients, prit la parole. Il fit oliserver que Ton discutait beaucoup de questions qu'il n'y avait pas lieu d'examiner pour le moment. « Nous sommes venus, dit-il, par ordre de la reine Elisabeth, pour nous enque'rir si la reine d'Ecosse « est consentante » au projet de meurtre ourdi contre la reine d'Angleterre , et « il est question de sa.voir si elle est coupable ou non,.. » « Il me semble, ajouta-t-il adroitement, que Votre Majesté ne saurait refuser d'être examinée, parce que, refusant, chacun penserait qu'elle est coupable, et, répondant, elle fera paraître son innocence, ce qui lui fera beaucoup plus d'honneur, et sera un grand contentement pour la reine d'Angleterre, pour Votre Grâce, et pour tous les seigneurs présents et absents. . . Voici , ajouta-t-il avec une émotion jouée , la dernière parole qui m'a été adressée avec larmes par la reine ma maîtresse : « Rien « ne m'a jamais plus touchée au cœur, m'a-t-elle dit, et ne m'a « plus affligée , que d'apprendre que la reine d'Ecosse est en- « trée dans un complot contre ma personne. Je ne l'eusse jamais « pensé d'elle '. »

— Et quelle sera ma récompense , quand j'aurai prouvé mon innocence? répondit Marie, qui résistait encore à l'insidieux discours d'Hatton. Quelle réparation me sera faite lorsque, après avoir été conduite ici par une nombreuse escorte de gens de guerre, j'aurai été ainsi interrogée publiquement, et à mon grand déshonneur, au milieu de tout cet appareil judiciaire , comme une personne privée, comme une criminelle, comme une sujette de la reine d'Angleterre ' ?

— Il ne vous sera fait aucun mal, lui répondit Hatton d'un ton persuasif. « Ce vous sera honneur, et vous satisferez à ma

• Journal inédit de Bourgoing. Confronter Howell's State Trials, t. I, et CiMDËN, d'après le registre de la procédure, rédigé par Barker.

'■* Journal inédit de Bour(join(j. En comparant les documents anglais du procès avec le récit du médecin de Marie Stuart, on pourra se rendre compte des nombreux passages inédits que renferme cette dernière Relation.

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maîtresse. » Quant au lieu où l'on vous [doit interroger, cela importe peu : on l'a choisi comme une maison de la reine, plus commode pour vous et pour nous, afin que nous puissions y tenir conseil et traiter de cette affaire. Que si quelques-uns de vos gens « vous en ont fait peur » , soyez assurée qu'il « n'y a pour vous aucun danger » . On a choisi cette grande chambre, parce qu'elle est plus près de la vôtre, et qu'il vous sera plus facile , malade comme vous l'êtes , de vous y rendre de plainpied. On y a tendu le dais de la reine d'Angleterre, parce que c'est sa chambre de présence, et qu'envoyés par elle en qualité de commissaires, cet attribut la représente à nos yeux comme si elle était en personne au milieu de nous '. »

Burghley, impatienté des hésitations de la reine , s'écria d'un ton brusque : « Il est nuit et temps de partir, quelques-uns de nous ayant à aller jusques à quatre ou cinq milles pour leur logis. Et, partant, madame, faites-nous réponse si vous voulez être examinée ou non. Nous ne sommes venus par-devant vous que pour savoir votre résolution , d'autant plus que nous sommes résolus de procéder, àVotre refus, et que le Conseil a déjà arrêté de commencer dès demain, comme il ne faudra (manquera) de faire '.

— Je ne suis pas « tenue » de vous répondre, lui répliqua Marie d'une voix qui trahissait une vive émotion. « Que Dieu vous veuille inspirer, et bien advisez de faire droit selon Dieu et raison , et pensez bien à ce que vous aurez à faire ! » A ces mots, Burghley leva la séance '.

Elisabeth avait été informée sur-le-champ , par un courrier, de la fierté du langage de Marie Stuart, et du refus qu'elle avait manifesté la veille de répondre aux commissaires , ainsi que de la résolution prise par eux d'instruire l'affaire hors de la pré-

1 Journal inédit de Boui-rjoinij.

■2 Ibidem.

"^ Ibidem.

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