CHAPITRE DIXIEME
« rels ». Et je fais encore cette réserve expresse qu'aucune de mes paroles y qu'aucun de mes actes , ne pourra porter préjudice à notre mère la sainte Église, aux rois, aux princes sou- Tcrains et à mon fils, spécialement en ce qui touche le droit de supériorité que les Anglais , comme on le voit dans leurs chroniques, ont prétendu sur mes prédécesseurs, les rois d'Ecosse. Ce droit ^ je le nie absolument, et ne veux, « comme femme ou c personne de peu de cœur » , ni l'admettre ni le fortifier par aacun acte que je puisse faire maintenant, par contrainte, contre l'honneur de ces princes, lesquels j'avouerais ainsi avoir été traîtres et rebelles. Et plutôt que d'approuver ou de reconnaître ce prétendu droit de supériorité de l'Angleterre sar les rois d'Ecosse, je syis prête à mourir, selon Dieu et mon droit, innocente en cette querelle. Par là, je montre bien que je ne suis point ambitieuse et que je n'ai voulu entreprendre aucune chose contre la reine d'Angleterre, par ambition et par envie de régner. J'ai renoncé à tout cela et ne. me soucie plus que de passer le reste de ma vie en repos et tranquillité d'esprit. Mon âge et mes forces ne peuvent plus suffire à la charge de régner, et ne me permettent plus « de le souhaiter » • Maladive , « et mal disposée de mon corps , je n'ai , par aven- ■ tare, que deux ou trois ans à vivre en ce monde 9, et je considère d'ailleurs toute la peine et « désespérance » où l'on est aujourd'hui « de faire acte de justice et de dignité », en ce siècle rempli de troubles et méchancetés, dont on voit la terre couverte de toutes pails * . »
 ces mots , le trésorier, « ne pouvant plus se contenir » , interrompit la reine et lui reprocha « d'avoir pris le nom et les armes d'Angleterre v , et d'avoir « aspiré à la couronne » .
Marie répondit qu'elle avait, en effet, pris ces armes autrefois, mais que c'était « par le commandement exprès du roi
^ Ce discours, dont Bourgoing donne une analyse détaillée, ne se trouve pas dans les documents anglais du procès.
Henri deuxième , son beau-père , et qu'il savait bien commeot et pourquoi » .
« Vous n'arez pas voulu les quitter dans la suite, loi répliqua Burghley, lorsque la paix était signée entre nous et le roi Henri.
— Si TOUS avez fait un accord dans votre intérêt, reprit Marie , je ne suis pas tenue de composer de mon droit à Totre profit et de Tabandonner» à mon grand préjudice, comme à oelui de oies successeurs. .. Y renoncer ne serait pour moi d'aiicon avantage. Je ne vous dois rien, je ne dépends pas de votre reine et ne suis point obligée de lui céder un droit si impartant. Si j'avais eu cette £ûblesse, on me Feût toujours imputée ■ à blâme et à déshonneur » .
-^ Mais, s'écria Burghley, en insistant, vous avez encore, depuis , prétendu à la couronoe d'Angleterre?
— Jamais, lui répondit Marie avec une fermeté inébran* lable, jamais je n'ai quitté mon droit et ne le quitte encore et ne le quitterai jamais \ Et je vous prie, devant toute Tassistance, de ne plus me presser d'en dire davantage sur ce poiot, car je n'ai envie d'offenser personne..» Je ne suis pas teoue de vous rendre compte de mes actions.. Vous savez bien que j^ai fait de belles offres et que je me suis sou use à la raison ; que j'ai même plus offert que je ne devais... Que si j*ai droit ou non à la couronne d'Angleterre, Dieu et vous le savez; mais, comme je me suis offerte à maintenir le droit de ma soeur, la reine Elisabeth , en tant qu'atnée , je neu me Esiis aueun scrupule de conscienee de désirer le second rang , étant sa légitime et plus proche héritière. Je suis fille de Jacques cinquième, roi d'Ecosse, et pelite^fiUe de Henri septième. Gela ne me peut être ôté par aucune loi, par aucun conseil, assemblée oo jugement quelconque : c'est mott droit. Je sais bien que mes enii^-
1 Journal inédit de Bourgoinq.