‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 102 sur 226 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

mis et ceox qoi prétendent m^en débouter ont feît tout ce

qu'ils ont pu et par tous les moyens iirégitimes, jusques à

attenter à ma vie, comme on le sait bien, et ainsi qu^il a été

décoùrert en certain» lieux et par certaines personnes que je

nommerais bien , s'il était besoin *..* et si j'étais autre part où

j6 passe en tirer prc^t... Mais Dieu» qui est juste juge et qui

m'oublie jamais les sfiens, m'a jusques ici, par sa miséricorde et

infini^ bonté, ptésertée de tout danger, et j'espère qu'il le

fera encore et qu'il ne me délaissera pas. Je reconnais qu'il

il'est point menteur et qu'il a promis de ne laisser jamais ses

settiteurs dans le besoin. S'il a étendu- sa main sur moi pour

m'affliger, il m'a donné cette gràce de patience pour supporter

les adversités qu'il lui a plu m'envoyer. Je ne demande point

de vengeance» mais je la laisse à celui qui est le juste vengeur

deë innocents et de ceux qui endurent pour son nom, à la

jyaissanice et à la volonté duquel je m'abandonne. J'aime mieux

la façoù d'Esther que de Judith, encore que toutes deux

soient approuvées de TÉglise. Je prie Dieu de faire de moi

âelon son bon plaisir, à sa louange et honneur, et augmenta-

tioti de son Église, en laquelle je veux vivre et mourir... et

pour lat[uelle, cotn^ile je l'ai déjà protesté plusieurs fois, je

répandrais Tolontîers jus<)u'à la dernière goutte de mon sang.

Bésolue de souffrir tout ce qu'il plaira à Dieu , je ne suis point

pour craindre ou m'épouvanter des menaces des hommes; et

je ne dénierai jamais Jésus-Christ, sachant bien que ceux qui

le dénient en ce monde, il les dénie devant son Père et les

désavoue pour siens*. »

Auôun document ne fait mieux connaître que le Journal de Bourgoîng quelle fut l'attitude de la royale accusée au milieu

' Allusion à Walsingbam.

^ Diaprés le Journal inédit de Bourgoing, avec quelques légers cbafngenoiCs de rédaction. Toute cette partie de la défense de la reine a été snpprinée dans les documents anglais du procès.

de ces débats dirigés contre elle avec une partialité si révoltante.

« Nonobstant la yébémence de ces messieurs les chicaneux, dit-il, la reine ne perdit jamais coeur, mais plus ils s'échauffisiient à eng^réger (aggraver) le fieiit, plus elle se moutrait affermie. Le cœur, les forces et Tentendement lui croissaient et augmentaient, et constamment elle répondait à tout ce qu'ils objectaient. Et comme ils disaient tantôt d'une chose , tantôt d'une autre, d'autant que dedans les lettres se contiennent souvent divers points, ainsi répondait-elle, selon ce qu^il se trouvait ou que le trésorier, qui était celui qui parlait ordinairement, adressait la parole à Sa Majesté ou à ses justiciers. »

Les légistes revinrent avec acharnement sur la question des lettres que, suivant eux, Marie avait échangées avec le chef des conjurés. Voici comment s'explique Bourgoing sur ce fait capital : « Et comme on lisait par intervalles des lettres de Babington à Sa Majesté et d'elle à Babington , elle dénia tout à plat d'avoir jamais vu telles lettres \ ni reçu, tant s'en faut qu'elle lui eût fait réponse. Sur lequel point ils insistèrent beaucoup, comme étant celui sur lequel, était fondé le tout, produisant des chiffres et autres lettres, et les dépositions, tant de ceux qui avaient été examinés que de MM. Nau et Curie, prisonniers, pour prouver qu'elle avait reçu cette lettre dudit Babington, et répondu à icelle', et, par conséquent, consenti au meurtre de la reine d'Angleterre '. »

i C'est mot h. mot la traduction de la phrase such any letters des Papiers iTHardwick.

^ Voir, dans Labaroff, t. VI, p. 385 et suit., la lettre de Marie à Babington ayec les interpolations de Phelipps.

3 Nous ferons remarquer que , pour la seconde fois , le Journal de Bour^ going est aussi explicite sur les dénégations absolues de la reine que le sont de leur côté les procès -Terbaux rédigés par les scribes qui assistèrent aax débats. Ces deux documents, de source différente, se corroborent ainsi Tiin par l'autre. Dans les Papiers d'Hardwick, il est dit, avec une nuance d'ex-

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