CHAPITRE DIXIEME
« roi de France , comme étant son sujet et né en France , mais tt il a été secrétaire du cardinal de Lorraine , et il est le ser- «Titeur juré de Votre Grâce; il obéit à vos commandements. ■ C'est de sa bonne volonté et sans y être contraint aucu- «nement qu'il a &it sa déposition ^ qu'il Ta jurée, écrite et > signée de sa propre main ' • »
— II était secrétaire du roi, de France, reprit la reine en insistant avec force , il recevait des gages de lui et se disait son argentier. Sous ce prétexte, il était fort désobéissant. Je lui commandais 9 il est vrai, et j'acceptais bien en général ce qu'il • taisait, comme tout prince a coutume de le faire; mais c'est à ' loi de répondre de ses actions particulières. Je ne puis croire qu'il n'ait été contraint à faire une telle déposition. « Se sen- « tant faible de nature et délicat », il a craint « la torture » et a pensé s'échapper en rejetant tout le fiardeau sur moi. » Un «criminel n'est pas reçu à serment ni cru sur ses aflBrma- « tions; son serment ne vaut rien et il ne vous en doit point. « Le premier serment qu'il a fait à son maître rend nuls tous « les autres, et Nau n'en peut faire aucun qui puisse me pré- « judicier. Et je vois bien, ajouta-t-elle, en examinant l'une des « dépositions écrites, attribuée à Nau et que l'on avait placée «sous ses yeux, je vois bien... que même il na pas écrit et • signé comme il a coutume de le faire, à supposer, comme « vous l'affirmez tous, qu'il ait écrit de sa main*. »
Comme on le voit par ce curieux passage de la défense de Marie, que nous empruntons au Journal inédit de Bourgoing, elle contesta l'authenticité de la confession de Nau telle qu'on la lui montra. Les documents anglais connus ne font pas mention de cet incident de la plus haute importance , et le motif de leur silence est facile à saisir. Tout nous porte donc à croire, comme l'ont justement soupçonné plusieurs historiens, entre
^ Journal inédit de Bourgoing,
* Ibidem,
autres M. Hosack, que Phelipps avait fait subir de graves altérations aux confessions de Nau et de Curie , qui furent lues à Fotheringay ; qu'il contrefit leurs écritures, et que ce fut en partie pour cette raison que Ton évita leur confrontation avec la reine.
« Ne se peut-il faire , poursuivit Marie , que , traduisant et
mettant en chiffres mes lettres , mes secrétaires y aient inséré
des choses que je ne leur ai point dictées ? Ne se peut-il faire
aussi que des lettres , semblables à celles que Ton produit, leur
' soient venues entre les mains, sans pourtant que je les aie vues?»
Puis elle ajouta d'un ton plein de dignité : « La majesté et le sa*
lut des princes seraient réduits à néant, s'ils pouvaient dépendre
des écrits et du témoignage de leurs secrétaires. Je ne leur ai
rien dicté que ce que la nature me dictait à moi-môme pour
recouvrer enfin ma liberté. On ne peut me convaincre que par
mes paroles et mes propres écrits. Si, sans mon aveu, ils ont
écrit quelque chose au préjudice de la reine, votre maîtresse,
qu'ils subissent le châtiment de leur audace. Mais ce dont je
suis bien certaine, c'est que, s'ils étaient devant moi, ils me
laveraient sur-le-champ de tout blâme , et me mettraient hors
de cause ^ » Elle mit fin à son discours en réclamant encore
avec insistance que les minutes de ses lettres, écrites de sa
1 Gamden, diaprés le Registre de Barker; British Muséum, Caligula, G. ix, fol. 383; Howell's State Trials, t. I, p. 1182-1183. Jules Gauthibr, t. II.
Un illustre historien, pour prouver, dans son ar]^mentation, la culpabilité de Marie Stuart, 8*est appuyé sur l'apparente concordance des pi^es qui furent produites à Fotheringay. En évitant la confrontation de Babington avec Marie et celle de ses secrétaires, il était, sans doute, facile à l'accusation d'établir cette concordance; mais la question est précisément de savoir si ces pièces, en dehors de cette formalité essentielle k l'administration de toute justice équitable, peuvent être considérées comme authentiques par des historiens sérieux et impartiaux. Nous ne le pensons pas, et il suffit de prouver l'altération d'une seule pièce pour faire crouler tout le système de l'accusation. Or, cette question, comme il semble, ne peut faire aujourd'hui l'ombre d'un doute.