‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 108 sur 226 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

propre main , fussent produites comme preuves de ce qu^elIe avançait '.

a A ces demandes si justes on ne répondit pas... Les secrétaires de Marie ne furent point examinés en sa présence , ses notes manuscrites ne furent pas produites. Plus tard , il fut déclaré , dans la Chambre Étoilée, que ces notes avaient été détruites par ordre de la reine d'Ecosse; mais en sa présence nul n'osa soutenir une telle afSrmation... En vérité, poursuit M. Hosack , à qui nous empruntons ces remarquables considérations, rien ne pouvait être plus puéril que les preuves four^ nies contre elle. Ses lettres étaient de prétendues copies d*aprés les chifires ; mais par qui les lettres en chiffres avaient-elles été déclufirées? Par qui les copies avaient-elles été faites? Les commissaires n*en surent rien , et ne firent aucune question à ce sojet. Les secrétaires de Marie auraient pu être appelés pour constater Fidentité de la lettre écrite par Babington , et Phelipps aurait dû Tètre aussi , pour décider si la copie produite de la lettre de Marie était la copie véritable de la lettre chifirée qu'elle avait envoyée. Mais ses secrétaires restèrent prisonniers à Londres, et le nom de Phelipps, pour des raisons qu'il est facile de deviner, ne fut pas prononcé une seule fois pendant le procès *. » Enfin les propres notes ou minutes de ses lettres, dont Marie demandait sans cesse la. production , « furent soigneusement cachées aux commissaires, bien que ces notes eussent pu fournir la preuve décisive de sou innocence ou de sa culpabilité ' » .

Les réponses de la royale accusée furent si nettes, si vives , » accablantes pour Taccusation , que Burghiey et les officiers de la couronne, ne trouvant aucune bonne raison à lui opposer, cherchèrent k étouffer sa voix, en Tinterpellant tous en

^ Siate Trials, t. î, p. 1183; Hosack, t. II, p. 424. ' Hosack, t. I, p. 425.

' Hosack, t. II, p. 425.

même temps, et par des questions souvent étrangères au point essentiel. « Alors, dit Bourgoing, qui nous bit assister à cette scène de violence inouïe, les chicaneurs firent rage de crier, débattre et prouver, et rangréger (aggraver) le £aiit, ramenant comme de furie tout ce qui avait été dit , fait et écrit , toutes les circonstances, soupçons, et conjectures et apparences. Bref, toutes les raisons qu'ils purent imaginer furent mises en avant pour fieiire leur cause bonne et accuser Sa Majesté, sans qu'elle pût répondre distinctement à ce qu'ils disaient. Mais , comme forcenés, ils poursuivaient quelquefois tous ensemble, et quelquefois l'un après l'autre , de faire entendre que la reine était coupable , ce qui donna occasion à Sa Majesté de faire une bien noble harangue le lendemain matin ^ . »

« Marie garda toujours sur ses adversaires , dit M. Hosack , une incontestable supériorité. Sans conseil, sans témoins, sans papiers, sans rien autre chose que son intelligence claire et son esprit héroïque , elle avait répondu point par point à toutes leurs allégations. Eux, connaissant la faiblesse de leurs preuves , ils avaient artificieusement mêlé l'accusation de conspiration avec le plan d'invasion. Burghley, usurpant les fonctions d'avocat général, avait essayé de détourner l'attention de Marie de la question principale , en s'arrêtant à nombre de sujets , dans l'intention de l'étonner et de l'abuser; mais, s'apercevant sans doute de son intention , elle le ramena toujours au point en litige, tandis qu'à ses demandes répétées, que ses secrétaires fussent confrontés avec elle et que ses lettres fussent produites en originaux, Burghley évita soigneusement de répondre. » Aucun argument, aucune menace, aucune violence, ne purent ébranler la fermeté avec laquelle Marie tint tête à l'accusation. Aucune question perfide ne put la mettre en contradiction avec elle-même. Dans cette première journée , de même que le jour suivant, elle affirma qu'elle n'avait point écrit à

' Voir, ci-après, le commencement des débats du second jour.

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