DEUXIEME JOURNÉE DU PROCES. — 15 OCTOBRE
La reine passa une partie de la nuit sans dormir, absorbée tout entière par les graves préoccupations de sa défense. Le lendemain matin, 15 octobre, elle entra dans son oratoire afin d'y puiser de nouvelles forces pour disputer son honneur et sa vie à ce tribunal inique, vendu sans pudeur à Elisabeth.
Gomme la veille, soutenue par son médecin et par André Melvil, et suivie de quelques-uns de ses serviteurs et de ses femmes , elle rentra dans la salle où Tattendaient les commissaires. Une grande pâleur était répandue sur son visage , mais ses yeux et sa physionomie, loin d^exprimer l'abattement, respiraient la plus ferme résolution. A peine fut-elle entrée qu^elle observa que les seigneurs , déjà réunis , étaient « tous bottés et en habit de cheval » , ce qui lui fit présumer, non sans raison , que leur mission devait se terminer ce jour^là même * . Gomme elle avait manifesté l'intention de prendre la parole, dès le début de la séance, tous les seigneurs, « en grande curiosité de Tentendre » , s'approchèrent de son siège et Tentoùrèrent dans le plus grand silence et la tète nue*. Voici, d'après Bourgoing, en quels termes elle s'exprima :
« Qu^il me soit permis, messieurs, de parler librement et de dire tout ce que je jugerai à propos, ainsi qu'il m'a été promis.
' Journal inédit de Bourgoing.
^ nidem.
hier, par la bouche de M. le chancelier et au nom de rassemblée des commissaires, sans que je sois interrompue. Je trouve fort étrange la manière dont on procède à mon égard; car, outre que Ton m'a fait venir en ce lieu, contrairement aux droits des personnes de ma qualité , on a livré la discussion de ma cause à des gens que Ton n^a pas coutume d'employer dans les affaires des princes et des rois. Je pensais ne devoir répondre qu'à des gentilshommes qui ont la vertu pour guide et Thonneur des princes en respect, qui se dévouent à leur sauvegarde, à la conservation de leurs droits , à la défense de leur patrie et Il au bien public, dont ils sont les tuteurs et les protecteurs. . . » Au lieu de cela , je me suis vue accablée par une importune multitude d'avocats et de gens de loi, qui se sont bien flu» appliqués à observer les formalités de la chicane, en usage dans les justices subalternes des petites villes, qu'à la recherche de ce dont il est question. Et bien que l'on m'eût promis « que ic je serais interrogée simplement et examinée sur le point seul « qui intéresse la personne de la reine d'Angleterre » , ils ont (ce qui était hors de leur compétence) porté la parole pour m'accuser, s'excitant les uns les autres , n s'attisant à qui plaiic derait ou égorgerait le mieux les faits » , et prétendant « me « forcer à répondre à des questions que je n'entends pas et qui ft sont hors de la Commission. » N'est-ce pas une chose indigne que de soumettre ainsi « à la dévotion » de telles gens, qui ne font état que de plaider et chicaner, une princesse non accoutumée à de telles procédures et formalités; et, contre tout droit, raison, équité, de la leur livrer ainsi, faible, malade, circonvenue, prise au dépourvu, sans conseil, sans défense ,, sans papiers ni mémoires et sans secrétaire pour écrire sous sa dictée et la soulager? Il est bien aisé à plusieurs, unis ensem-* ble , et, comme il me semble, conspirant tous au même but, de vaincre, à force de paroles, une personne seule, à laquelle est ôté tout moyen de se défendre. 11 n'est personne parmi vous, pour si habile homme qu'il soit, que j'estime capable de