CHAPITRE ONZIEME
d'aatre moyen , pour le roi d'Espagne , de réduire les Pays-Bas à son obéissance , que de placer sur le trône d'Angleterre un prince qui pût lui être utile; d'autres lettres à lord Paget, pour rengager à presser Tenvoi de forces auxiliaires pour Tinvasion de rAngleterre, et, de plus, une lettre du docteur Allen ' à Marie, dans laquelle il l'appelait sa très-redoutée dame et souyeraine, et l'avertissait que l'affaire était recommandée aux soins du duc de Parme *.
A peine cette lecture fut-elle achevée, que lord Burghley accusa Marie d'avoir formé le projet d'envoyer son fils en Espagne, et de transmettre à Philippe II ses « prétendus droits » à la couronne d'Angleterre.
Elle lui répliqua qu'elle n'avait point de royaume à conférer, mais qu'elle était dans la légaHté en donnant ce qui lui appartenait et qu'elle n'avait à rendre , sur ce point , aucun compte à qui que ce fût.
Pendant la lecture de ces lettres, la reine examinait les visages de ses juges, et, se penchant vers Paulet, qui était assis derrière elle, semblait « extrêmement curieuse » desavoir les noms de ceux qu'elle ne connaissait pas. Elle nota avec soin « ceux qui avaient parlé peu ou beaucoup et ceux qui avaient gardé le silence » . Elle fit observer à Paulet que l'histoire d'Angleterre avait plus d'une page sanglante, « mais elle ne paraissait nullement, suivant lui, avoir la moindre intention, en lui disant cela, de faire allusion à sa propre cause. Elle était, dit-il, entièrement éloignée de toute crainte de malheur'. »
Lorsque la lecture de ces lettres fut terminée, voici, d'après Bourgoing, quelle fut la réponse de la reine à ces derniers chefs d'accusation :
^ AUeD était sujet anglais.
' Howkll'b State Trials, t. I.
' Paulet h Walsingham, 24 octobre-3 noTembre, Mss. Mary Queen of Scots; FiODDB*8 History of England, Reign of Elisabeth, vol. VI, p. 287.
« Comme je Tai confessé tant de fois, dit-elle, je suis catholique, et si j*ai des intelligences avec les princes chrétiens, ce n^est pas moi qui les ai priés de m'accorder leur appui, mais c'est eux-mêmes qui me Tont offert. Me voyant délaissée et dénuée de tout autre secours , je n'ai pu moins faire que d'accepter leurs offres , car je n'ignorais pas que les Anglais avaient fait une ligue à part, sans m'y admettre, alors qu'ils y faisaient entrer mon fils et qu'ils offraient au roi de France d'en fiaiire partie. Si les princes chrétiens ont eu envie de me délivrer, je leur en suis fort reconnaissante , mais j'ignore de quels moyens ils voulaient se servir. J'avais les mains liées et ne pouvais rien par moi-même, « bien marrie de n'avoir le moyen de tt sortir de prison » . J'ai proposé tant de fois les moyens d'arriver à quelque bon accord; j'ai montré tant de sollicitude pour les intérêts du royaume d'Angleterre; je me suis si avancée dans mes offres, « que j'ai été soupçonnée et mal ic voulue des princes chrétiens, et que je me suis mise en danger «d'être excommuniée, ayant plus fait et plus offert que je il n'étais avouée des princes chrétiens, et ne m'étant prévalue en « rien du bénéfice de catholique » • Les Anglais n'ayant point accepté mes offres, je redevenais libre de défendre ailleurs mes intérêts. J'en appelle à témoins MM. Beale, Mildmay, d'Orsay, sir Ralph Sadier et messieurs du Conseil, qui tous ont eu à s'occuper de mes afiaires. n Souvent je les ai avertis de ce qui « pouvait advenir et, je ne sufs tenue à plus. » Je leur ai prédit que , si quelque chose se tentait en ma faveur, on ferait tout peser sur moi. Prévoyant cela, je me suis déchargée de bonne heure de toute responsabilité, afin que, en temps et lieu, il leur en souvint et que cela me pût servir. »
Et comme les justiciers interrompaient la reine en disant qu'il était étrange qu'elle eût des relations avec les rois de l'Europe : a Ce n'est pas votre métier, s'écria-t-elle d'un ton plein d'autorité et en leur imposant silence , ce n'est pas votre métier de parler des affaires des princes et de vous enquérir