‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 116 sur 226 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

s'ils ont entre eux de secrètes intelligences* Gela n'a jamais été et ne peut être aucunement ^

— Je ne vous blâme pas d'avoir eu des intelligences, lui répliqua le trésorier, et je ne veux pas me mêler de cela ; mais si les armées que le roi d'Espagne, le pape et M. de Guise avaient dessein d'envoyer contre nous fussent entrées en Angleterre, eussiez-vous pu répondre de la vie de la reine? Le pays n'eût-il pas été en danger de tomber entre les mains des étrangers"?

— Je ne sais, lui répondit Marie, quelles sont leurs intentions et ne suis pas tenue d'en répondre , mais je suis certaine qu'ils eussent fait quelque chose pour moi ; et si vous eussiez voulu vous servir de moi, j'aurais pu ménager quelque bon accord, comme je m'y suis offerte plusieurs fois. II n'était pas de votre intérêt de rejeter mes offres. « Si vous me perdez, « vous en recevrez plus de mal et de dommage que de profit, « et vous vous mettrez en danger. » Tout ce qui a été fait par les étrangers, je l'ignore et n'en suis pas responsable, a Je ne « souhaite rien que ma délivrance '. v

Résumant les charges qui pesaient sur la royale accusée, les légistes revinrent avec acharnement sur les points essentiels. Ils soutinrent, dit Bourgoing, « que la mort de la reine d'Angleterre, de ses conseillers et des principaux seigneurs avait été complotée; qu'on avait délibéré de mettre le feu à Ghartley et de tuer les gardes du château; qu'on devait entrer en Angleterre par tous les côtés et havres du royaume ; que tous les catholiques se devaient soulever; qu'ils devaient mettre la reine d'Éposse au lieu et place de la reine d'Angleterre ; qu'ils l'appelaient déjà leur reine et leur souveraine; que le pape avait préparé des bulles pour déposer l'usurpatrice et délivrer

1 Journal inédit de Bourgoing,

3 Ibidem. Gfr Howell's State Trials, t. I.

' Ibidem,

Uk MARIE STUART.

d'elle le royaume; qu'à Rome on faisait des prières publiques pour la reine d'Ecosse, comme reine légitime d'Angleterre; que le roi d'Espagne fournissait vaisseaux, hommes et argent pour enyahir le royaume ; que déjà avait éclaté une révolte en Irlande, mais que la reine Elisabeth , par la grâce de Dieu, l'avait apaisée et avait remporté la victoire sur ses ennemis; qu'en même temps avait eu lieu en Ecosse un soulèvement dans le dessein de s'emparer du jeune roi et de le mettre entre les mains des étrangers et des catholiques, pour qu'ils pussent disposer de lui à leur gré, mais qu'il avait échappé aux conjurés. Ils ajoutaient que la reine Marie avait oCFert ses droits à la couronne d'Ecosse et d'Angleterre au roi d'Espagne ; et qu'enfin elle avait consenti de tous points au complot, ainsi que le constataient ses lettres, lues publiquement, adressées à Mendozà, l'ambassadeur d'Espagne en France, à lord Paget, à l'ambassadeur de France à Londres et à quelques autres *. »

Voici, d'après Bourgoing, quelle fut la réponse de la reine à cette violente attaque : a Je ne sais rien d'aucun meurtre, ni attentat à l'encontre de personne, de conspiration ni invasion du royaume. Gomme je vous l'ai déjà dit, je vous ai suffisamment avertis de vous donner de garde qu'on ne fit quelque entreprise , car je savais bien qu'il s^en faisait, mais je ne savais quelles elles étaient. On me les a toujours celées , sachant bien que je n'y consentirais pas, et aussi de crainte de me feiretort. Les conjurés ont pu s'être aidés de mon nom pour autoriser leur fait et le rendre plus fort, mais il ne se trouve ni lettre écrite de ma main, ni signée de moi, ni personne qui en ait vu et reçu, ou qui ait , communiqué ou parlé avec moi. Et tant s^en faut que j'y pensasse*. — Quanta Babington et à mes secré-

' Journal inédit de Bourgoing.

3 Ibidem. Ces curieux passages textuels de la défense de Marie ne se troa- ▼ent ni dans Camden, ni dans Howell, ni dans Hardwick. « Elle soutint, «Clivait Burghley à Davison, le 15 octobre, que les points des lettres qui con-

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