CHAPITRE ONZIÈME, 2*T
lettres que boa leur semble; ils savent bien en leur conscience ce qu'ils font. Que s'ils parlent selon leurs vœux, sachant que je suis catholique et quel est mon désir d'être délivrée, je ne puis les en blâmer ni les en empêcher. Ce n'est point à moi de les décourager et de leur ôter tout espoir. Mais il ne se trouvera pas que dans mes lettres et papiers, ni de bouche, ni par écrit, ni en aucune conférence en commun, j'aie pris le titre de reine d'Angleterre, ni que je m'en sois servie ou prévalue. Si le pape me donne ce titre ', ce n'est point à moi de le réformer; il sait beaucoup mieux ce qu'il fait que moi. Je le remercie , ainsi que tout le peuple chrétien , des prières que l'on fiait journellement pour moi; et je désire, et je le voudrais supplier^ que, a dans toutes les congrégations pitoyables, messes el orai- « sons, on ne cesse d'avoir mémoire de moi » • Étant du nombre des fidèles, j'espère aussi avoir part à toutes les œuvres méritoires et prières qui se font pour tous les catholiques, depuis que je n'ai eu ce bien d'y assister moi-même*. Je demande, poursuivit-elle, que l'on forme une autre assemblée , et qu'ignorante, comme je le suis, des lois anglaises, on me donne un avocat pour plaider ma cause, ou bien qu'en ma qualité de reine, je sois crue sur ma parole royale. Je suis venue en Angleterre en me fiant à l'amitié et aux promesses de votre reine. Regardez, milords, s'écria-t-elle , en tirant une bague de son doigt. Voici le gage d'afiFection et de protection que j'ai reçu de votre maîtresse ; regardez-le bien. C'est en me fiant à ce gage que je suis venue au milieu de vous , [et vous savez tous comment j'ai été protégée ! »
C'était sans doute la bague qu'Elisabeth avait envoyée à Marie lorsqu'elle était prisonnière à Lochleven '.
^ Journal inédit de Bourgoing, Sixte-Quint donnait à Marie Stuart le titre de reine d'Angleterre. Il devait renouveler plus tard contre Elisabeth la balle d'excommunication lancée contre elle par Pie V.
' Journal inédit de Bourgoing,
' GàHDKit, Àdvis de M, de Bellièvre, dans Egertom ; Négociations de Cour»
Passant à d'autres discours, elle rappela de quelle tolérance elle avait usé à Pégard de ses sujets dissidents. « Lorsque j'étais
en mon royaume, dit-elle,ye n'ai jamais inquiété aucuns
de la religion , tâchant toujours de les gagner par douceur et clémence, dont f ai trop usé. J'en ai été blâmée et c'a été cause de ma ruine ', mes sujets devenant org^ueilleux et superbes et abusant du bon traitement que je leur faisais. Us se sont plaints que, depuis, ils n'avaient pas été aussi bien .qu'ils étaient sous . mon gouvernement très-bon. Après avoir abusé du bien reçu, duquel ils ne voulurent se contenter, ils tombèrent entre les mains d'un traître et d'un tyran, le comte de Morton, qui les a tyrannisés jusques au bout. Et encore, depuis la mortdudit comte, ils n'ont eu guère de mieux, ayant quasi toujours été sous la sujétion des Anglais et d'autres (régents) qui ont été traîtres à leur patrie. De tout ce que les princes étrangers ont fait ou entrepris, je m'en lave les mains et n'ai point à en répondre*. Quant à la bulle d'excommunication lancée contre votre reine ', je me suis offerte d'en empêcher l'exécution et de faire en sorte qu'elle restât sans effet ^.
— Âvez-vous donc tant de puissance? s'écria Burghley en l'interrompant. Mais de bulle, on ne s'en soucie guère et l'on ne fait en ce pays aucun compte du pape ou de chose semblable*.
— Cessez de persécuter les catholiques, reprit la reine, et je me fais /ort d'apaiser beaucoup de troubles auxquels vous êtes en danger de tomber. »
Burghley qui, depuis le triomphe du protestantisme, « avait
ceiies, Bannatyne Club édit., p. 18; Howell's State Triab, t. I, p. 1187; Jules Gauthier, t. II, p. 437 et 438.
1 Ces importants passages de la* défense de Marie Stuart (on en comprend le motif) ne se trouvent pas dans les documents an{;Iais.
3 Journal inédit de Bourgoing.
3 La bulle de Pie V.
4 Journal inédit de Bourgoing.
^ Ibidem.