CHAPITRE ONZIEME
torture ou forgées par Phelipps. Ce n'est qu'au mépris des lois les plus vulgaires de vérification , de contrôle y reconnues par les sociétés civilisées , qu'on peut ajouter la moindre foi à de tels documents ' . »
Les secrétaires de Marie , non-seulement ne furent point appliqués à la torture , mais on leur laissa la vie et on ne les retint pas fort longtemps prisonniers, ce qui prouve évidemment qu'ils firent des déclarations contraires à la vérité. Ils sauvèrent leur tète , sans croire qu'Elisabeth oserait faire tomber celle de leur maîtresse.
Babington et ses complices furent jugés et exécutés sommairement, sans être confrontés avec la reine d'Ecosse.
Quatre vices monstrueux entachèrent donc cette inique procédure : x
L'incompétence des tribunaux anglais pour juger une princesse souveraine qui ne relevait en rien de la couronne d'Angleterre ;
Le refus d'un conseil k l'accusée, en violation de la loi anglaise , et spécialement des statuts de Marie Tudor et d'Elisabeth ;
Le refus de confronter Babington et ses complices, ainsi que Nau et Curie , avec l'accusée , déni de justice sans nom , la confrontation étant la base essentielle de toute procédure équitable ;
La comparution de Marie , non devant des magistrats indépendants et intègres, mais devant des commissaires, choisis avec soin par Elisabeth , qui cumulaient à la fois sur leurs tètes les fonctions d^accusateurs, déjuges et de jurés, et qui ne cessèrent de troubler et d'étouCFer la défense , en ne laissant la parole libre qu'à l'accusation.
Jusqu'à la dernière heure , Marie a protesté de son innocence. La sincérité de ses sentiments religieux, qui ne saurait
1 HoucK, t. II, p. 432.