CHAPITRE DOUZIÈME
que<;eluî qui, sous Henri YIII, condamna Catherine Howard et Thomas Monis, ratifia à Tunanimité la sentence de la Cham" bre étoilée. Puis les deux chambres, d*un commun accord, présentèrent à la reine une adresse dans laquelle on la conjurait, pour peu qu^elle eût à cœur sa propre sûreté, celle de ses sujets , le bonheur du royaume et le maintien tide la vraie et inestimable religion du Christ », de faire subir sans délai à sa dangereuse rivale le châtiment dû à tous ses crimes. « Une longue expérience , était-il dit dans Tadresse , prouvait que la plus étroite prison n^avait pu comprimer Tesprit remuant et entreprenant de Marie Stuart; que la vigilance de tous ses gardiens avait été constamment mise en dé&ut par son adresse ; que les lois les plus terribles ne pourraient jamais contenir ses partisans, toujours prêts à se soulever pour rétablir le papisme. La reine d^Écosse regardait la couronne d'Angleterre comme lai appartenant, et jamais elle ne renoncerait à y prétendre. Endurcie dans sa malice , elle ne songeait qu'à précipiter la chute de la reine d'Angleterre, et pourvu qu'elle pût atteindre ce but, elle s'inquiétait peu de ce qui pQurrait lui arriver à elle-même. C'était une femme hautaine, dure, téméraire, et, aussi longtemps qu'elle vivrait. Sa Majesté ne pourrait être en sûreté. Elle était infectée de papisme et brûlait de détruire rÉvangile en Angleterre et en tout lieu. Aussitôt que Sa Majesté serait tuée, le roi d'Espagne se préparerait à envahir le pays; alors la nation deviendrait l'esclave des étrangers, l'État serait détruit et les droits de la couronne vendus à un prêtre italien. Du jour où la reine d'Ecosse était venue en Angleterre, ce chancre, placé au milieu du peuple, , n'avait cessé de corrompre les esprits. C'était grâce à sa présence que prospérait le papisme; la miséricorde envers elle deviendrait cruauté à l'égard de tous les sujets loyaux et fidèles. Une plus longue faiblesse de la part de Sa Majesté entraînerait les irrésolus du côté de l'ennemi, l'association pour protéger sa vie serait dissoute et forcée par elle-même à violer ses serments. La reine
d'Ecosse, en faisant partie de cette association ^ avait prononcé sa propre sentence * . » En conséquence, la Chambre des lords et celle des Communes demandaient « qu'une coqdamnation juste fût suivie d'une prompte exécution » .
Le lord-chancelier et Puckering, Tun des orateurs de la Chambre basse, appuyèrent cette adresse d'un long mémoire dans lequel, usant du style biblique à la façon des puritains , ils rappelaient à Elisabeth la colère de Dieu contre Saûl pour avoir épargné Âgag , et contre Achab pour avoir laissé la vie à Ben Âdad. Us y exaltaient au contraire la sagesse des juges qui mirent à mort Jésabel et Ajthalie , et celle de Salomon pour avoir fait périr son propre frère Âdonias*. L'adresse se termi* nait par cette sanguinaire réflexion : « Celui qui n'a pas de bras ne peut combattre; celui qui na pas de jambes ne peut s'enfuir; celui qui lia pas de tête ne peut faire aucun mal^. »
La réponse d'Elisabeth est un chef-d'œuvre d'astuce et d'fay*pocrisie : « Que de grâces n*avait-elle pas à rendre au Tout- Puissant pour avoir si miraculeusement préservé sa vie ! Rien au monde ne Tavait plus vivement a£Qigée que de voir qa^une personne de même sexe, de même rang, qu'une si proche parente se fût rendue coupable d'un si grand crime. Et pourtant, loin d'avoir jamais conçu contre la reine d'Ecosse quelque mauvais dessein, poursuivait Tartificieuse Elisabeth, dès la découverte des premières « pratiques » de sa trahison contre ma royale personne , je lui écrivis secrètement que , si elle voulait me les confesser dans une lettre confidentielle, je les couvrirais de mon silence^. Et je ne lui disais pas cela pour lui tendre un piège, ajoutait-elle en jouant la magnanimité, car j'en savais
^ Pétition of Parliamenty novembre 1586 , EwBs' Journal cJtridged*
^ HowELL*s State Trials; Journal des lords et Journ.xl de la Chambre des Communes d*EwE8.
3 Gahden, Appendice à la vie d'Elisabeth»
* Cette lettre, comme nous l'avons dit précédemment^ ne fut jammis écrite ; Elisabeth mentait effrontément.