‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 130 sur 226 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

autant qu^elle pouvait en confesser. Et maintenant encore, bien que les choses en soient venues à ce point, si elle se repentait véritablement, si personne ne cherchait à poursuivre sa querelle , si ma vie seule était en jeu et non le salut et le bienêtre de tout mon peuple , je lui pardonnerais bien volontiers et je le proteste sans feinte. Bien plus, si T Angleterre devait tirer de ma mort un état plus florissant, espérer un meilleur prince, oui, c'est avec joie que je renoncerais à ma propre vie ; car, si je tiens à la conserver, c'est uniquement pour votre salut et celui de mon peuple. » Elle jura que le Statut, édicté pour préserver sa vie, n'avait point été conçu pour faire tomber dans un guet-apens la reine d'Ecosse, mais que son intention, en le publiant, n'avait été que de l'avertir et de la détourner, par une crainte salutaire, de toute tentative coupable contre sa personne. Elle feignit de gémir pour avoir été poussée, par le dernier acte du Parlement, à cette extrémité d'en être réduite à verser le sang d'une si proche parente. « Je suis tombée, ditelle, en un si grand chagrin en apprenant ses machinations contre moi, que, pour ne pas l'augmenter, et non par crainte du danger, comme l'ont supposé certaines personnes, je me suis abstenue d'aller au Parlement. Mais, ajouta-t-elle avec une astuce consommée, pour semer dans les esprits d'implacables colères, je veux vous dire un secret, quoique l'on sache fort bien que j'ai toujours la force de garder ce que je veux taire. Il n'y a pas longtemps que de mes yeux, de mes propres yeux, j'ai vu et lu un serment par lequel plusieurs scélérats s'obligent à me tuer dans le délai d'un mois. Mon danger est le vôtre, et je serai très-soigneuse de l'écarter ; mais, comme l'affaire de la reine d'Ecosse est des plus délicates, des plus importantes, n'attendez pas de moi une prompte résolution , mon habitude étant, me^iie dans des choses moins graves, de délibérer longtemps avant de prendre un parti, n Et bien qu'au fond elle ne fôt pas moins sceptique ou moins indifférente que Burghley en matière de religion, elle finit son discours par cette invocation :

« Je supplie le Dieu tout-puissant dMIuminer mon esprit afin de me £aiire découvrir ce qui servira au bien de son Église, à la prospérité de TÉtat et à votre salut, et afin que tout délai n'entraîne pas de danger, nous signifierons notre résolution en temps opportun» Attendez-vous à me voir accomplir pleinement tout ce que les meilleurs sujets peuvent attendre de la part des meilleurs princes ^ »

Après douze jours de réflexion, feignant d'être prise d*unaccè$ de sensibilité, elle envoyait aux Communes un message par son vice-cbambellan, sir Christophe Hatton, pour leur demander si Ton ne pourrait pas découvrir un expédient qui permit à sa pitié d'épargner la vie de la reine d'Ecosse*. Il existait un parti modéré qui, dans la crainte des représailles de l'Europe, était d'avis que la couronne d'Angleterre pourrait être transmise sur la tète de Jacques après la mort d'Elisabeth, et qu'en attendant, la reine d'Ecosse, dépossédée de tous ses droits, serait gardée à vue dans une étroite prison jusqu'à la fin de sa vie; Mais ce parti n'était qu'une minorité '• Après une longue discussion, les Communes répondirent, à une grande majorité, qu'il était impossible de trouver un autre expédient pour conjurer le mal « que l'exécution s • Cette nette décision fiit surle-champ portée à Elisabeth par le lord-chancelier et le président de la Chambre des Communes, qui se rendirent auprès d'elle à Bichmond^.

1 Howbll's State Triais; Tttlbr, t. VIII;'Mi8s Stricklaud, t. VII; Speeek of the Queen, 12-22 novembre; GiMDEir; HosàCK, t. II, p. 432 et 433.

3 Manuftcrics de la collection de sir George Warender, cités par Tttlbr, t. YIII ; Àrchibald Douglas au Maure de Gray, 22 novembre 1586 ; Arckibald Douglas a Jacques VJ, 6 décembre 1586; même collection, citée par Tttler, t. VIII; Miss Stricklakd, t. VII.

•' FiiOf7DB*8 History of Englandj vol. XII.

^ « Hier, écrivait Bargbley à Davison, dans la Cbambre da Parlement, s'éleva la question de savoir s'il est convenable que deux archevêques et quatre autres évêques accompagnent les seigneurs temporels, porteurs de la

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