CHAPITRE TREIZIEME
Et quanta vos sentences, poursuivit Marie, je n'en fais pas cas, «t vous n'avez que faire d'y procéder de cette êeiçou. « Je sais « que vous n'êtes pas si jeune que vous vouliez avancer de tels «propos sans avoir cherché à en être avoué. »
Cette réponse ne laissa pas de causer à Paulet quelque embarras. Il comprit sans peine que la reine avait deviné qu'il n'avait été envoyé auprès d'elle que pour lui arracher des aveux en l'elfrayant. Il mit tout en œuvre pour la dissuader, mais ce fut en vain.
Dès qu'il fut sorti , Marie et ses serviteurs ne doutèrent pas, d'après certaines conjectures, qu*il ne fût allé sur-le-champ écrire à la cour pour rendre compte de cet entretien et de l'insuccès de sa mission. Marie fut même persuadée qu'Elisabeth n'attendait de sa part qu'un aveu , qu'un mot de repentir, pour lui faire grâce, mais en même temps pour la faire déclarer juridiquement déchue de tous ses droits à la couronne d'Angleterre. Avec le noble orgueil que lui inspiraient sa dignité et son innocence, elle repoussa jusqu'à la pensée de cette humiliation. « Sa Majesté, dit Bourgoing, dont le témoignage sur ce fiait important et inconnu jusqu'à ce jour est des plus précieux, Sa Majesté ne changea en rien ni de visage ni de contenance , de propos ni actions , ni ne s'émut en chose que ce soit plus que de coutume. Et, devisant de cela, elle disait qu'elle mourrait plutôt de mille tourments que de se confesser digne de grâce, comme elle voyait bien qu'on lui voulait ofiErir et présenter, quelques jours après, de la part de la reine , qui se voulait réserver cette autorité pour la tenir toujours plus bas et la rendre sujette, inhabile et incapable de son droit au royaume '. »
A cette occasion, Marie répéta à ses serviteurs ce qu'elle
* En s*avoaant coupable, Marie eût peut-être sauvé sa tète, mais Elisabeth •eût fait proclamer sur*le-cliamp la déchéance de ses droits au trône d'Angleterre, pour cause d*indignité.
leur avait prédit plusieurs fois, que les Anglais, ayant mis à mort nombre de leurs princes et de leurs rois, n'auraient garde de Tépargner elle-même. Quelques jours auparavant, se trouvant avec sir Amyas Paulet, et étant tombée sur le même chapitre , elle lui avait dit que de toutes les nations il n*y en avait pas eu de plus sanguinaire que la nation anglaise et que de tout temps les Anglais n'avaient cessé, suivant leurs caprices, de déposer et de massacrer leurs rois. Et comme Paulet lui avait répliqué que TAngleterre était de tous les pays celui qui avait commis le moins de crimes de ce genre, Marie lui avait répondu que ses a chroniques en étaient toutes pleines ^ » .
Quelquesjours après cet entretien, que, selon toute vraisemblance , Paulet divulgua à la cour, et qui parait avoir précipité la vengeance d'Elisabeth, arrivait à Fotheringay sir Drue Drury , que la reine d'Angleterre adjoignait au vieux puritain , afin de resserrer de plus en plus la garde de Marie Stuart. Tout gentilhomme qu'il était, Drury n'avait pas eu honte d'accepter ces fonctions de geôlier. Paulet, fort impotent, et le plus souvent hors d'état d'exercer sur sa prisonnière une active surveillance, accueillit avec d'autant plus de plaisir la venue de Drury que celui-ci était un de ses amis et l'un des plus famatiques adeptes de la secte puritaine. Le jour même de l'arrivée de cet incorruptible auxiliaire, le 18 novembre, Paulet écrivait à Burghley pour le remercier de ce choix, quMl « considérait comme une faveur toute spéciale , à cause de la longue amitié qui existait entre lui, Paulet, et ce gentilhomme* ». « Sir Drue Drury est arrivé ici le 13 courant, disait-il dans une lettre à Walsingham , et je me trouve bien fortifié par sa présence. Je me feis fort de vous assurer que tout marchera ici pour le mieux dans l'exercice de nos devoirs
^ Journal inédit de Bourgoing, Conférez, avec ce passage du journal, une lettre de Paulet que nous avons citée plus haut.
3 The Letter-Books of sir Amias Poulet, etc., p. 307.