PAR J.ORD BUCKURST. INTRÉPIDITÉ DE MARIE. — SES RÉPONSES
A LORD BUCKURST. — NOUVELLES VIOLENCES d'aMTAS PAULET. — MARIE EST DÉGRADiE DES INSIGNES DE LA ROYAUTÉ.
Ce fut à lord Buckurst, membre du Conseil privé , et à Beale, clerc de ce même Conseil, que fut confiée la mission de notifier à Marie Stuartia fatale sentence '• Descendant de Tune des nobles familles qui suivirent en Angleterre Guillaume le Conquérant, proche parent d'Élisabetb , Sackville, lord Buekurst^ était Fun des plus parfaits gentilshommes et Tun des esprits les plus cultivés de son temps. D*une taille haute et bien prise, d'une figure pleine de finesse, d^intelligence et d'aménité, telle est Fidée que donne de ce grand seigneur un magnifique portrait, chef-d'œuvre de Garrard, que Ton a fort admiré à l'Exposition universelle de Londres. Il était à la fois homme d'État habile, orateur éloquent, poëte dramatique de mérite *. Le jeune lord, caractère chevaleresque, s'était noblement refusé d'abord , bien que parent de la reine d'Angleterre, à siéger parmi les commissaires de Fotheringay et à ratifier la
^ Instructions to lord Buckurst and M, Beaie sent to the Queen of Scots, i7-(S7) novembre, Mss. Mary Queen of Seots,
^ ÀTant l'âge de vingt-cinq ans, il avait fait représenter, à Whiteball, devant Elisabeth, nne tragédie : Ferrex et Porrex, fib de Gordobuc, roi de Bretagne, dans laquelle on trouve quelques scènes d'un style facile et qui ne sont pas dénuées de naturel. C'est, dit-on, la première pièce dramatique^' par ordre de date, qui ait paru avant Spencer et Shakspeare. Miss Strickland, t. YII, et Causeries d'un curieux, etc., par M. Feuillet de Gonches, t. IV.
sentence jde la Chambre Étoilée ^ L*ombrageuse Elisabeth ne pardonnait pas de tels actes d'indépendance. Pour le punir, elle le condamna à signifier Tarrét de mort. Plus tard , elle lui donnera la mission de présider au procès du comte d'Essex. Forcé d'obéir, lord Buckurst» saisi de crainte, s'acquitta cette fois de sa pénible tâche en courtisan peu soucieux de jouer sa tète pour crime de félonie. Suivi de Beale, il arriva à Fotheringay le 18 (28 n. s.) novembre, dans la soirée, et il eut avec Paulet un secret entretien*. Le lendemain, après avoir feit demander à la reine d'Ecosse la permission de lui parler de la part d'Elisabeth, il se rendit auprès d'elle dans l'après-midi, suivi de Beale, de Paulet et de Drury *. Il lui annonça que le Parlement, ainsi que les commissaires, après avoir examiné toutes les preuves à sa charge , les dépositions formelles de ses secrétaires, les révélations de Babington et de ses complices, et enfin ses propres lettres chiffrées, qu'elle-même, prétendait-il , n'avait a pas déniées » , l'avait déclarée coupable d'avoir ourdi une conspiration contre la vie de la reine d'Angleterre, et qu'étant « sous la protection de la reine » , et par conséquent soumise aux lois du pays, le Parlement avait prononcé contre elle une sentence de mort. « Ma maîtresse, ajouta lord Buekurst, n'a pris encore aucune décision, mais il règne une telle agitation dans le Parlement , elle est si importunée par les Etats du royaume qu'il est impossible qu'elle ne consente pas à Sûre exécuter la sentence. Les États ne cessent de lui remontrer que , depuis le séjour de Votre Grâce en Angleterre , il y a eu si constamment des troubles, que jamais ni la reine, ni le royaume, ni la religion n'ont été en sûreté. Ils soutiennent donc que pour les sauver, « il est impossible que vous puissiez a toutes deux vivre ensemble , et qu'il faut que l'une ou l'autre
* Jacôb's Pecrage, vol. I, p. 413.
^ Journal inédit de Boûrgoing,
3 La plupart des détaiU inédits que nous donnonn sont empruntés au Jourtial de Bourgoing,