CHAPITRE QUATOUZIEME. Î
« meure » • En conséquence , M. Beale et moi avons été envoyés auprès de vous, madame, poiir que « vous ne soyez « pas prise au dépourvu » et que vous ayez à vous préparer à la mort * . »
Lord Buckurst ofFrit à Marie de lui envoyer Tévéque ou le doyen de Peterborough « pour la consoler » • o Pensez à votre conscience, lui dit-ii ; reconnaissez votre faute, feites-en repentance et satisfiiction devant Dieu et les hommes. Je vous exhorte , poursuivit-il , si vous savez quelque chose de secret sur cette conspiration, d'en décharger votre conscience, comme vous y êtes tenue par charité chrétienne , étant propre parente de la reine , à laquelle vous le devez , pour les biens et faveurs que vous avez reçus d'elle. Et je vous adjure, si vous connaissez d'autres coupables de ce feit , de nous les signaler avant de mourir, car tel est votre devoir *.
— Je n'attendais pas autre chose de vous, leur répondit la reine d'un ton calme. Vous êtes assez habitués à procéder de la sorte avec ceux de ma qualité et qui sont proches de la couronne. Vous ne laissez jamais vivre ceux qui peuvent y aspirer, et depuis longtemps je savais bien qu'à la fin vous me conduiriez là. J'ai aimé la reine et l'Angleterre; j'ai fait tout ce que j'ai pu dans l'intérêt de l'une et de l'autre. Mes offres ont assez prouvé mon bon vouloir, et M. Beale, ici présent, pourrait en témoigner*. Je ne crains pas la mort, poursuivit-elle d'une voix ferme, et je l'endurerai de bon cœur; «mais je n'ai été « nullement auteur d'une conspiration pour nuire à la personne
1 Journal inédit de Bourgoiny,
2 Ibidem, Cette démarche de lord Buckurst auprès de Marie, pour qu'elle lai révélât les noms de quelques-uns de ses prétendus complices, est confirmée par un passage d'une lettre d'Elisabeth à Paulet, 17 novembre 1586, dans laquelle elle l'autorise à laisser communiquer Marie avec l'un des commissaires, dans le cas où elle voudrait faire quelque révélation. Labaïioff, t. VII, p. Î18.
3 Journal inédit de Bourgoing, Plusieurs fois Beale avait été envoyé en mission auprès de Marie Stuart pour la leurrer de vaines espérances.
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a de la reine » . Plusieurs fois, mes amis ont offert de me procurer ma dëiiyrance de vive force. Pour n^avoir pas voulu y consentir, j'ai été blâmée et menacée d*étre délaissée. Alors, à mon grand désavantage, j'ai tenté d'obtenir ma liberté par les voies de la douceur. Enfin , refusée d'un côté et pressée de l'autre, je me suis jetée dans les bras de mes amis; je me suis liguée avec les princes cbrétiens et catholiques, non par ambition, non pour aspirer à quelque plus grand état, comme je l'ai protesté bien des fois, et comme les Anglais peuvent le té* moigner par les papiers qu'ils ont entre les mains , mais pour l'honneur de Dieu et de son Église , et pour être enfin délivrée des misères et de la captivité où je languis depuis plus de dix* huit ans. Je suis catholique et d'autre religion que les Anglais, partant ils n'ont garde de me laisser la vie. Depuis longtemps» ils ont conspiré ma mort, et c'est pour cela que dans leurs derniers États ont été rédigés les deux articles qui servent de prétexte à leurs procédures et à leur sentence. Je suis seule, abandonnée, maladive; c'est peu de chose que de moi et de m» personne ; mourir ne sera pas pour moi une grande perte. Od n'y gagnera pas beaucoup, et mes ennemis peuvent être bien assurés que ni la vie de la reine, ni son royaume ne seront en plusgrande sûreté. Bien marrie suis-je que ma mort ne puisse profiter à l'Angleterre autant que je crains qu'elle lui nuise. Et je vous proteste que ce que j'en dis n'est point par envie ou désir de vivre, car, quant à moi, je suis lasse d'être en ce monde pour le bien et le plaisir que j'y ai. Je n'y trouve de profit ni pour moi , ni pour aucun ; mais j^espère une meilleure vie et ren^ercie Dieu de me faire cette grâce de mourir pour sa cause. Il ne me pouvait advenir un plus grand bien en ce monde; c'est ce que j'ai le plus demandé à Dieu et le plus souhaité ,. comme la chose la plus honorable et la plus utile « pour la « salvation de mon âme» . — «Je n'ai jamais eu intention, pour « bien , royaume ou grandeur, de changer de volonté en ma « religion, ni de dénier Jésus-Christ, ni son nom, et je ne le