CHAPITRE QUATORZIEME. Î
pas, pour mon particulier, qu^une chiquenaude lui fût donnée.
— Vous avez souffert et permis , s'écrièrent-ils, que des Anglais vous nomment leur souveraine , ainsi que le prouyent les lettres d'Allen, de Lewis, de plusieurs autres , et vous ne vous y êtes pas opposée.
— « Je n'ai point pris ce titre dans mes lettres , répliqua Marie , mais je ne puis empêcher les docteurs et gens d'Eg[lise <le me le donner. Vivant sous l'obéissance de l'Eglise, je ne puis qu'approuver ce qu'elle décrète, sans me mêler de la corriger. Au reste , je veux mourir pour lui obéir, mais je n'ai jamais eu l'intention d'assassiner personne au monde pour m'emparer de ses droits. En cela , je vois manifestement la poursuite de Saùl -contre David , mais je ne puis fîiir comme lui par la fenêtre. Toutefois, de mon sang pourront naître des protecteurs de la cause de l'Église '. »
Elisabeth, en écrivant à Paulet pour lui donner l'ordre d'introduire lord Buckurst et Beale auprès de la reine d'Ecosse, lai avait enjoint en même temps de la laisser seule avec eux si elle en exprimait le désir expressément. « Si ladite reine , lui disait-elle , demande une conférence particulière soit avec lord Buckurst, soit avec Beale, vous y consentirez, si elle le réclame avec instance. Sinon, nous préférons, puisque vous êtes res* pensable de la garde de cette reine , que vous soyez présent à tous les entretiens *. «
Marie n'eut pas un moment la pensée de solliciter une toile entrevue; et à l'espérance que lui donna, dit-on, lord Buckurst, d'obtenir sa grâce , si elle témoignait hautement quelque repentir, elle ne répondit que par un noble refus '.
Cependant, sir Amyas Paulet laissait éclater une joie féroce. « J'espère, écrivait-il à Walsingham, que le prochain inessa-
< Marie à F archevêque de GlasgoWy 24 novembre 1586, Labâmoff, t. VI. * Elisabeth à Paulet, novembi-e 1586, The LeUer^Books ofsirAmias Poulet y p. 309.
' Froodb, t. II.
SOÎ MARIE STUART.
ger m'apportera votre dernière résolution ' » , c'est-à-dire Tordre d'exécution à mort de la reine d*Écosse.
A partir de la date où nous sommes, commence une série de lettres de Paulet du plus haut intérêt, lettres qui étaient restées inconnues jusqu'à la précieuse découverte, &ite récemment par M. John Morris, du Registre de correspondance du geôlier de Marie Stuart. Les originaux de ces lettres , qui embrassent toute la fin du drame, avaient été retranchés, non sans intention , de la série des papiers d'État *.
Aussitôt après le départ de lord Buckurst, et le jour même, la malheureuse reine fut abreuvée des derniers outrages. Le 21 novembre Paulet , accompagné de Drury, vint lui déclarer brutalement que, puisqu'elle n'avait montré aucun repentir, la reine d'Angleterre avait ordonné que l'on abattit le dais à ses armes , emblème de sa souveraineté , parce « qu'elle n'était plus, disait-il, qu'une femme morte, sans honneurs et dignités de reine » .
« C'est par la grâce de Dieu que j'ai été appelée à ce haut rang, lui répondit Marie d'un ton de voix où. vibrait une noble indignation; c'est par sa grâce que j'ai été ointe et sacrée. De lui seul tenant cette dignité, à lui seul je la rendrai avec mon âme. Je ne reconnais point la reine d'Angleterre pour ma supérieure, non plus que son Conseil et une assemblée d'hérétiques pour mes juges. Je mourrai reine en dépit d'eux. Ils n'ont pas plus de puissance sur moi que les voleurs , au coin d'un bois , n'en peuvent avoir sur le plus juste prince ou juge de la terre. Mais j'espère que Dieu montrera sa justice sur cet État après ma mort. Les rois de ce pays ont souvent été meurtris
1 The LeUer-Books of sir Àmias Poulet, etc., 21 novembre 1586, p. 311.
' John Morris, The LeUer-Books, etc., p. 31S. Sur la demande de lord Buckurst et de Stallenge, Elisabeth, vers cette époque, envoya quelques sommes d'argent aux soldats et aux domestiques de Paulet pour les récompenser de leurs services et stimuler leur zèle. Paulet à lord Buckurst et à Stallenge, The LeUer-Books, p. 312 e( 313.