CHAPITRE QUATORZIÈME
(assassinés) y et il ne me semblera pas étrangle que je sois parmi eux et ceux de leur sang. C^est ainsi qu'on a traité le roi ' Richard pour le déposséder de son droit ' • »
 ces mots, Paulet, outré de colère, ordonna aux serviteurs et aux filles de la reine d'abattre le dais ; mais ces braves gens s*y refusèrent résolument en poussant contre lui des imprécations et des cris de vengeance. Paulet, sans se déconcerter, appela ses soldats et fit jeter le dais par terre. Puis, avec une insolence qui eût révolté le dernier geôlier du royaume, il s'assit et se couvrit en présence de la reine. En même temps, il ordonna que Ton enlevât « une table de billard » , en disant grossièrement à Marie : a II n'est plus temps d'exercice et de passe-temps pour vous. »
« Grâce à Dieu , lui répondit la reine sans se troubler, je ne m'y suis jamais esbattue depuis l'avoir fait dresser, car j'avais assez par vous d'autres occupations*. »
Cet acte de violence avait eu lieu le jour même du départ de lord Burckurst. Le lendemain, Paulet, craignant sans doute d'avoir outre-passé son mandat, revint auprès de la reine , toujours suivi de Drury, et lui déclara (suivant la version de Marie
^ Lettre de Marie à rarchevêque de Glasgow^ du 24 novembre 1586. (Labânoff, t. VI.) Il s*agic de Richard II, détrôné et mis à mort, en 1399, dans le château de Pomfret (Yorkshire), par ordre du duc de Lancastre, qui, sous le nom de Henri IV, usurpa la couronne.
^ Lettres de Marie à Carchevêque de Glasgow, du 24 novembre 1586, et à Mendoza, du 23 novembre. (L&banoff, t. VI.) — Paulet dit expressément, dan» une lettre à Walsingham, que ce fut par ordre d'Elisabeth qu'il donna ordre que le dais fût enlevé, mais que cette opération fut exécutée non par ses soldats, mais par les domestiques mêmes de Marie Stuart et sur un ordre qu'elle leur donna. (Paulet à Davison, 28 novembre, The Letter^Books of sir Àmias Poulet, etc., p. 315 et 316.) Le bruit des violences dont Paulet s'était rendu coupable en cette occasion était parvenu jusqu'à la cour, et c'est pour se disculper qu'il avait écrit la lettre citée ci-dessus. Il se gardait bien de dire avec quelle insolence il s'était assis et couvert en présence de la reine d'Ecosse.
Stuart) que ce n^ëtait pas par ordre d'Elisabeth, mais de quelques membres de son Conseil, qu'il avait agi de la sorte, et lui offirit , si elle le désirait , d'écrire à la reine d'Angleterre pour que le dais Akt rétabli. Pour toute réponse , Marie lui montra, avec une résignation toute chrétienne , un crucifix qu'elle avait fait mettre à la place du dais et de ses armes '•
Paulet avertit Marie que ses demandes avaient été soumises à la reine Elisabeth par lord Buckurst, et qu'elle recevrait une réponse dans un jour ou deux.
« Mes requêtes*, lui dit-elle, ne sont pas si nombreuses, et l'on peut y répondre bien vite, »
Paulet lui répartit que, comme elle avait formé trois ou quatre demandes, il allait le temps de les examiner.
Elle lui fit observer qu'elle ne les avait présentées qu'afin d'avoir plus de temps à donner. à Dieu, lorsqu'elle aurait réglé le sort de ses serviteurs.
Paulet lui répliqua que son but était louable et qu'elle rece*
1 Marie au duc de Guise, 24 novembre 1586, Labamoff, t. VI. Il résulte
d'une lettre de Paulet à Davison, en date du 28 novembre, que Tordre
d'abattre le dais avait été donné par Ëlisabetb et transmis ou par Beale oa
par quelque autre. Voici comment Paulet raconte cette scène à sa manière :
« Hier, sir Drue Drury et moi avons fait visite à cette dame, que nous avons
trouvée dans la salle à manger, assise à sa place accoutumée et regardant la
cheminée. Elle me dit que, quoique j*eusse fait abattre son dais, que Dieu
et la nature lui avaient donné, elle espérait cependant que je ne ferais pas
enlever diverses choses qu'elle avait fait placer. C'étaient huit ou dix gravures
en papier de la Passion de Jésus-Christ et autres choses semblables attachées
aux tentures au-dessus de la cheminée. Je lui répondis qu'il n'avait pas psru
convenable qu'étant condamnée par la loi, elle eût droit aux mêmes respects
et aux mêmes cérémonies gardés jusqu'alors. Elle dit qu'elle considérait celi
comme un ordre venant de Sa Majesté. Je lui répondis qu'elle n'avait aucune
raison pour le prendre ainsi, parce que je n'avais nommé personne, ^^
n'avais parlé qu'en général. « Oui, dit-elle, beaucoup de choses sont hitts
m par le Conseil et ne doivent point lui être imputées (à Elisabeth). » £11^ ^^
déclara que, pour sa part, elle i^e reconnaissait pas le Conseil et n'avait ncn
à faire avec lui... » Paulet à Davison, 28 novembre 1586, The Uti^'
Booksy etc., p. 317 et 318.