CHAPITRE QUINZIÈME. 30i
on pourra dire que, là-dessus, elle n*écoutera pas les avis des étrangers et autres avant ceux de son peuple ; elle lui laissera Tespoir de Texecution, que je prie Dieu de laisser s*accomplir ■ . »
a Je trouve le temps bien long depuis que je n*ai reçu de lettres de vous, écrivait de son côté, à Walsingham, le sanguinaire gardien de Marie ; j'aurais craint qu'on n'oubliât Fotheringay, si je ne savais que la dame, placée sous ma garde, a fourni de trop graves motifs pour que les vrais et fidèles sujets ne l'oublient pas. En vérité, le règne [de l'Évangile, la liberté et la paix de ce royaume ne seront jamais à l'abri, tant que la tête et la semence de tant de conspirations et de révolutions ne sera pas coupée et extirpée. Je remercie Dieu du ferme espoir qu'il me donne d'une heureuse résolution, car l'expérience nous apprend que les occasions négligées produisent souvent de dangereux effets. Dieu tient dans sa main le temps et les saisons, et ses jugements éclateront à l'heure fixée par lui. On dit que cette dame souffre d'un genou ; ce n'est pas chose nouvelle, mais cela ne parait pas devoir durer. Ces lignes n'ont d'autre but que d'en tirer une ou deux de vous '. » Le même jour, Paulet écrivait aussi à Leicester pour l'engager à précipiter le tragique dénoûment : « J'espère voir bientôt Votre Seigneurie à la cour... Le bonheur de la reine et du pays consiste principalement, après Dieu, dans le sacrifice de justice dûment exécuté sur la personne de cette dame, qui est la racine et la source de toutes nos calamités'. »
Dans la crainte que les partisans de Marie ne tentassent un coup de main sur Fotheringay, Paulet avait demandé aux ministres un renfort de quarante soldats pour augmenter sa petite
^ The Letter^Books of sir Àmias Poulet, etc.
2 Paulet à Walsinyham, 4 décembiei586, The Letter-Books, etc., p. 320.
3 Paulet à Leicester, k décembre 1586, The Letter-Books, etc., p. 320 et 321.
garnison y déjà composée de trente soldats et de cinquante arquebusiers. On se hâta d'accueillir sa demande et de lut envoyer, en même temps, de la poudre, des vivres et de l'argent'.
Aux premiers jours de décembre, Elisabeth, de plus en plus pressée par ses ministres , et froissée, d'ailleurs, dans son orgueil, par la fière attitude de sa victime, qui avait refusé avec une noble fierté de lui demander grâce, Elisabeth fit un pas de plus. Elle ordonna que la sentence de mort fût proclamée à son de trompe dans tout son royaume. « On espère, enfin, écrivait à Shrewsbury Walsingham dans -sa joie satanique , qu'elle sera amenée , par de pressantes sollicitations, à aller jusqu'au bout'.» Cette proclamation fut accueillie en tous lieux par la multitude avec des transports fanatiques et sauvages'.
« Je n'aurais jamais cru , dit Marie avec le plus grand calme, lorsqu'elle apprit cette nouvelle, que ma bonne sœur procéderait si inhumainement contre moi *. » Mais ce coup terrible, loin d'abattre sa fermeté d'âme, sembla lui donner de nouvelles forces. Mourir sur un échafaïud, en présence de
' Paulet à Burghlejr, 9 décembre, The Letter-Booksy etc., p. 322. «Les charges de cette maison, disait-il à Burghley dans cette lettre, seront fort augmentées par suite de ce nouvel envoi de soldats, et je n'y vois d*autre remède que d'être bientôt délivré de la geôle, ce que Dieu enverra en son temps. » — « Le capitaine Olivier, qui est resté avec moi aujourd'hui, écrivait-ii le même jour à Walsingham, m'amènera quarante soldats dressés, lundi prochain. Je suis très-heureux de ce renfort en ces jours de danger. ■ {Paulet à Walsingham, 9 décembre, The Letter-Books, etc., p. 324.) Paulet^ dans cette même lettre, se montrait dénaturé au point d'applaudir au refîis qu'avait fait Elisabeth d'accorder au jeune roi d'Ecosse la grâce de sa mère, que ce dernier lui avait demandée par lettre.
3 Walsingham à Shrewsbury, 2 décembre 1586, State Papers Office,
3 Avis pour M, de Villeroi^ dans Tbdlbt, t. IV ; ChAteauneuf au roi, décembre 1586, lettre citée par Jules Gauthier; Lingard, t. VIII.
^ ChAteauneuf au roi, décembre 1586.