‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 144 sur 226 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

cette tâche fût remplie avec soin, avait dû se porter naturellement sur Bourgoing, qui partageait sa confiance avec Melvil, et qui, de plus, était le plus lettré des serviteurs qui restaient auprès d'elle ^

ft Mon cousin, celui que j^ai le plus cher au monde, écrivaitelle au duc de Guise, je vous dis adieu, étant près par injuste jugement d'être mise à mort telle que personne de notre race, grâce à Dieu , n'a jamais reçue et moins encore une personne de ma qualité. Mais, mon bon cousin, louez-en Dieu, car j'étais inutile au monde en la cause de Dieu et de son Église, étant en l'état où j'étais. J'espère que ma mort témoignera ma constance en la foi et promptitude de mourir pour le maintien pt restauration de l'Église catholique en cette infortunée lie. Et bien que jamais le bourreau n'ait mis la main en notre sang, n'en ayez honte, mon ami, car le jugement des hérétiques et ennemis de l'Eglise, et qui n'ont nulle juridiction sur moi, reine libre, est profitable devant Dieu aux enfiaints de son Église. Si je leur adhérais, je n'aurais ce coup... Je vous recommande... mes pauvres serviteurs..., témoins oculaires de cette mienne dernière tragédie... Dieu soit loué de tout et vous donne la grâce de persévérer au service de son Église, tant que vous vivrez, et jamais ne puisse cet honneur sortir de notre race que, tant hommes que femmes, soyons prompts de répandre notre sang pour maintenir la querelle de la foi... Et, quant à moi, je m'estime née, du côté paternel et maternel, pour offrir mon sang en icelle, et je n'ai intention de dégénérer*... »

Dans sa lettre à Bernard de Mendoza, elle répétait que si son fils ne retournait au giron de l'Église, elle cédait tous ses

< Une copie de cette même Relation fut très^probablement remise à Henri III par Boui^going, qui était porteur de la dernière lettre de la reine pour ce prince et qui passa à son service en qualité de médecin.

3 Fotheringay, 24 novembre 1586, Labanoff, t. VI.

droits à la couronne d^ Angleterre à Philippe H, « comme au plus digne prince et au plus profitable pour la protection de l'tle d'Angleterre » . Elle lui disait qu'elle était complètement innocente du crime dont on Taccusaity et ajoutait avec la plas complète liberté d'esprit : a Ils travaillent en ma salle; je pense que c'est pour faire un échafiaud pour me faire jouer le dernier acte de la tragédie ' . »

« Adieu, écrivait-elle le même jour à Tarchevéque de Glasgow, son ambassadeur à Paris; adieu pour la dernière fois, et ayez mémoire de l'âme et de l'honneur de celle qui a été votre reine, maîtresse et bonne amie... Je vous recomfnande mes pauvres serviteurs, tant souvent recommandés; derechef, je vous les recommande au nom de Dieu. Ils ont tout perdu, me perdant. Dites-leur adieu de ma part, et les consolez par charité. Uecommandez-moi à la Rue*, et lui dites qu'il se souvienne que je lui avais promis de mourir pour la religion et que je suis quitte de ma promesse '. »

Jusque-là Elisabeth, feignant d'être retenue par un sentiment de pudeur, n'avait point osé se prononcer. Ses ministres ne cessaient de la presser d'en finir. Vers le 29 novembre, Burghley écrivait à Davison en ces termes faicétieusement sinistres : « La sentence est déjà âgée de plus d'un mois et quatre jours; il est temps qu'elle parle. Si Sa Majesté veut bien la signer aujourd'hui, l'ambassadeur d'Ecosse pourra être assuré qu'elle ne Ta fdit que pour céder aux importunités des membres de la Commission, et le lord chancelier pourra déclarer la même chose, à la grande joie du Parlement Quant à l'espérance de voir l'accomplissement de la dernière partie, c'est-à-dire l'exécution, si cela convient à Sa Majesté,

1 Marie Stuart k Mendota, 23 novembre 1586, Labanoff, t. YI. ^ Le P. de la Rue, ancien aumônier de Marie Stuart. 3 Marie Stuart à rarchevêque de Glasgow, du 24 novembre 1586, Laba- KOFF, t. VI-

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