CHAPITRE SEIZIÈME
avec son avarice et son ingratitude qu'elle ne répondit enfin aux sollicitations de son ministre ruine que par un refus formel '. Par une étrange dérision du sort, à ce moment même, les biens de Babington étaient donnés par droit de proscription à sir Walter Raleigh ' sans que Walsingham eût la moindre part à cette sanglante proie, qui pourtant lui était due à tant de titres. C'en était trop! L'âme abreuvée de dégoût, il se retira dans sa maison de Barnelms. « Je prie humblement Votre Seigneurie , écrivait-il à Burghley de cette retraite , de me pardonner si je n'ai pas pris congé d'elle avant mon départ. La méchante conduite de Sa Majesté envers moi m'a tellement blessé que je ne pouvais me consoler en demeurant ici... Pourtant si je voyais que je puisse être de quelque utilité à l'Église , au service xle Sa Majesté et de l'État, j'oublierais mes blessures et je resterais. Mais voyant la décadence dans laquelle nous tombons, et que les hommes les plus haut placés sont peu estimés, je considère que, dans ce gouvernement, les spectateurs sont plus heureux que les acteurs. Je supplie humblement Votre Seigneurie, à laquelle je dois déjà tant, de ne pas insister sur ce sujet. Je puis l'assurer que, quel que soit le prix que Sa Majesté attache à ma personne et à mes services , je ne vou-^ drais plus recoi^imencer le teihps que j'ai consacré à son servici et qui m'a causé tant de peines et de déboires, lors même que je devrais être créé duc de Lancastre. Ma seule consolation est que, quel que soit le traitement que j'aie à subir des princes de la terre, jamais ne me manquera du moins la protection du Roi des rois*. » Mais cette héroïque résolution ne fut que de courte durée. Walsingham vint bientôt reprendre ses fonc-
^ Davison a Walsingham y 10-20 décembre, Mss. particuliers cités par M. Froude.
* Journal de Burghley; John MoRRis, The Letter^Boohs of Amias Poulet, p. 34i.
^ 16 décembre 1586 ; Frovde's History of England : Reign of Elisabeth, vol. VI; The Lelter-Boohs of sir Amias Poulet, etc., p. 342.
tions. Le fanatisme du puritain avait surmonte les amertumes du serviteur. Il voulait consacrer ce qui lui restait de vie à faire triompher la cause du protestantisme , et hâter la mort de la catholique Marie lui paraissait le plus sûr moyen d'atteindre son but ' .
^ Elisabeth détestait et craignait les puritains, tout en usant de leurs services. Elle laissa plus tard mourir Walsingham dans la plus grande pauvreté, et celui-ci, à la différence de Burghley, après Técliec qu'il avait subi, eut la fierté de ne jamais plus tendre la main à sa maîtresse.