CHAPITRE XVII
VAINES TENTATIVES DE HENRI lU ET DE JACQUES VI POUR SAUVER
Dans cet intervalle , le roi de France et le roi d'Ecosse avaient fait quelques tentatives pour sauver Marie Stuart. Pendant la longue captivité de sa belle-sœur, Henri III n'avait jamais fait preuve pour elle d'une bien grande commisération, et de simples raisons politiques l'avaient seulement engagé, de temps à autre, à défendre sa cause*. Le danger même qu'elle avait couru depuis dans le procès de Babington Tavait à peine arraché à son inertie. Mais la nouvelle qu'une ancienne reine de France, la proche parente du roi et la nièCe des Guises, en ce moment si populaires, était condamnée à mort et sur le point de périr sur un échafaud , avait soulevé une telle indignation dans tout le royaume , surtout parmi les ligueurs, que Henri III sentit enfin que, pour échapper au mépris de ses sujets et de l'Europe entière , il était de son devoir d'intervenir avec quelque fermeté. Il envoya donc à Londres, comme ambassadeur extraordinaire, M. de Bellièvre *, avec ordre d'adresser de sa part à Elisabeth d'énergiques remontrances. Dès son arrivée, le 20 novembre, Bellièvre demanda une audience que Tastucieuse princesse, sous divers prétextes', éluda pendant huit jours afin de préparer sa réponse. Ce délai expiré, elle le
^ SoD secrétaire d'État pour les finances.
^ On fit courir le bruit que quelques personnes de la suite de Bellièvre apportaient la peste et que d'autres s'étaient engagées à assassiner Elisabeth.
ECERTOH.
reçut dans Tappareil habituel de sa puissance , assise sur son trône et environnée de tous les seigneurs de sa cour. Bellièvre^ assiste de M. de Ghàteauneuf, Tambassadeur ordinaire', adressa à la reine une longue harangue, suivant le goût du temps , dans laquelle il s'attachait à lui prouver, par de nombreux exemples, que souvent les prisonniers de guerre avaient été traités avec magnanimité par le vainqueur. Il soutint la thèse que la vie de Marie Stuart n'était point incompatible avec celle de la reine d'Angleterre, que sa mort, au contraire, lui serait un danger, et qu'il était de l'intérêt d'Elisabeth comme de son honneur de laisser la vie à sa captive. Enfin il la supplia de se laisser toucher par les prières du roi , de la reine de France et de la reine mère ".
Elisabeth, qui avait écouté ce message avec des signes visibles d'impatience, eut l'art de se contenir dans la réponse étudiée qu'elle adressa aux ambassadeurs. Elle fit l'éloge, de son extrême indulgence , à laquelle , disait-elle , la reine d'Ecosse n'avait répondu que par de noires trahisons, « dont la dernière l'avait plus touchée au cœur que la mort du roi son père , du roi son frère et de la reine sa sœur... ». «J'ai vu beaucoup d'histoires , ajouta-t-elle , en faisant allusion aux exemples cités par Bellièvre , et lu , je crois , autant que prince ou princesse de la chrétienté , et je n'ai jamais trouvé chose semblable à celle-ci. Il me souvient fort bien de votre discours et de tout ce que vous m'avez allégué, mais cela ne me peut inciter à chan" ger de volonté... Maintenant je ne suis en aucune sûreté dans mon royaume, étant épiée de toutes parts...; mais j'espère que Dieu me préservera , moi qui ne suis qu'une pauvre femme , afin que je puisse résister à tant d'ennemis et d'embûches*. » Elle promit en même temps aux ambassadeurs de leur donner
* Avis pour M. de VUleroy, dans Teulet, t. IV.
2 Harangue de M, de Bellièvre , dans Teulet, t. IV.
3 Réponse d'Elisabeth aux ambassadeurs de France , Teulet, t. IV, p. 1319.