‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 161 sur 226 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

entre les deux couronnes; De ce côté, Elisabeth et ses ministres avaient atteint leur but. Henri III en fut réduit à envoyer à Londres son valet de chambre pour adresser une dernière supplication à Elisabeth , mais elle lui ferma inexorablement sa porte. On avait profité de la découverte de la prétendue conspiration de Destrappes , pour publier de nouveau , dans Londres , la sentence de mort contre Marie Stuart. Le A décembre y les hérauts d'armes parcoururent la ville en la proclamant à son de trompe. Aussitôt toutes les cloches furent mises en branle pendant vingt-quatre heures, et des feux de joie furent allumés dans toutes les rues \ au milieu des acclamations de la populace.

Du côté de TÉcosse , les tentatives de Jacques VI ne furent pas plus heureuses. Digne élève de Buchanan, imbu des sophismes et des calomnies de cet esprit bas et pervers, Jacques avait appris de lui et de ses pareils à répéter, dès son enfance, ' «les mots les plus ignobles et les plus déshonnétes' » contre sa mère. A une telle école, son âme s'était avilie et dégradée. Il était dépourvu de toute noble pensée, incapable de tout généreux dévouement. Vain et glorieux comme son père Damley, et comme lui sans caractère et sans volonté , il se laissait aller avec une égale facilité au bien ou au mal suivant Thumeur de ses favoris. Tantôt, sous Tinfluence d'honnêtes conseillers, il avait vengé son père en faisant justice de plusieurs de ses assassins , et plus d'une fois il avait fait quelques efforts pour obtenir la liberté de sa mère; tantôt, circonvenu par des hommes tels que le mattre de Gray et Ârchibald Douglas, Tun des meurtriers notoires de Darnley, et qui Tun et l'autre étaient vendus à l'Angleterre, il avait cédé à leurs perfides conseils, abandonné sa mère et tendu honteusement la main

* Teclkt, t. IV.

2 Labanoff, t. III, [^p. 176 et 177; Marie Stuart et Jacques VI, par M. WiESEHER, dans la Revue des Questions historiques du l"*" octobre 1S67.

aux larg^esses d'ÉHsabeth. Dans cet esprit flottant et irrésolu, il n'y avait qu'un point fixe : Tambition. Jacques voulait régner sans partage, et il en était venu à repousser jusqu'à Tombre d'autorité que, du fond de sa prison, avait voulu garder son infortunée mère; à déchirer, après y avoir souscrit, le traité d'association à la couronne qu'elle lui avait offert , et à signer, sans elle, avec Elisabeth, au commencement de 1586, un traité d'alliance offensive et défensive *. Jacques avait été informé, depuis peu, de la conspiration de Babington parles soins de Walsingham, et, avec la plus servile bassesse, sans tenir compte de l'extrême danger que courait sa mère, il avait écrit à Elisabeth pour la féliciter de cette heureuse découverte '. Gray, le favori de Jacques, avait été chargé par Wàlsingham, qui l'estimait digne d'un tel rôle et qui avait la plus grande confiance dans sa perversité précoce , de sonder son mattre au sujet de la procédure que l'on préparait contre Marie Stuart, et de lui insinuer que toute médiation en sa faveur aurait fort mauvaise grâce de la part d*un prince dont le père avait reçu d'elle un si horrible traitement'. Avec son habileté ordinaire, Wàlsingham, afin de confirmer Jacques dans l'opinion que sa mère ne songeait qu'à le dépouiller de son autorité, avait eu soin de lui envoyer quelques extraits des lettres interceptées de Marie, dans lesquelles elle s'exprimait sur le compte de son fils avec une juste sévérité. Il n'oublia pas sans doute de mettre aussi sous les yeux de Jacques le conseil qu'elle avait donné à Claude Hamilton de s'emparer de lui et de le séquestrer temporairement pour l'arracher à l'influence anglaise et le ramener à d'autres sentiments religieux.

Henri III , à la nouvelle de la dangereuse position de Marie

1 M. WiBSEMER, Bévue des Questions historiques, !•»" octobre 1867.

2 Le mattre de Gray a Burghley, 10 septembre 1586; State Papers Office; Tytler, t. VIII; Jules Gauthier.

3 Ifote de la main de Wàlsingham, 17 septembre 1586 ; State Papers Office; Tytler, t. VIII; Jules Gauthier, t. H; Hosagk, t. II, p. 446.

GHAPITBE DIX-SEPTIEME. 335

Stuart, avait chargé M. de Gourcelles, son ambassadeur en Ecosse , d^engager le jeune prince à intervenir énergiquement en faveur de sa mère *. Mais Jacques se montra d'abord aussi peu soucieux du danger qu'elle courait, qu'il avait témoigné de joie à Elisabeth de ce qu'elle avait échappé à celui qui l'avait menacée. 11 aimait, disait-il, sa mère autant que le lui commandaient son devoir et la nature ; mais il n'ignorait pas qu'elle avait pour lui aussi peu de tendresse que pour la reine Elisabeth. Sa vie d'ailleurs, ajoutait-il, n'était point en danger, et, malgré les instances de quelques membres du Conseil anglais qui , pour prévenir les effets de la vengeance de la reine captive, demandaient sa mort, il savait fort bien que la reine d'Angleterre n'y consentirait jamais. Enfin, ajouta-t-il, avec le plus révoltant cynisme, en disant allusion à la dernière conspiration, il faut qu'elle se résigne u à boire l'aie qu'elle a brassé elle-même, et qu'elle ne se mêle plus désormais que de prier et de servir Dieu * ». De tels sentiments étaient loin d'être partagés par une partie de la noblesse et par le peuple écossais, qui étaient profondément humiliés de l'indigne traitement que subissait la mère de leur roi , et de l'insolente supériorité qu'usurpait Elisabeth sur la couronne d'Ecosse. Les principaux gentilshommes de la cour, même en face du roi , menaçaient hautement d'une rupture et d'une guerre à outrance plutôt que de souffrir qu'Elisabeth fit tomber la tête de Marie Stuart '. Jacques, fort indécis sur le rôle qu'il devait jouer, interrogeait tous ses conseillers sans oser prendre un parti. S'étant adressé un jour à l'un des principaux gentilshommes de sa cour.

1 M, de CourceUes a M, de Châteaiineuf, 6 octobre 1586, clans Tuoupk , Henri III à CourceUes, 21 novembre, Racmba, Jules Gautoier; Hosack, t. II, p. 446.

^ Négociations de M. de CourceUes, édition du Banatync Club, p. 4. Jules Galthier,^. II; Tttler, t. VIII.

^ Négociations de CourceUes, p. 11 et 13, édition du Banatyne Club; Hosack, t. II, p. 447.

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au jeune comte de Bothwell , pour lui demander ce qu'il avait à faire : « Si Votre Majesté permet que le procès se termine et que Texécution ait lieu, lui répondit le preux et loyal chevalier, je pense qu'elle devra se pendre dès le lendemain \ » Un fidèle ami de Marie Stuart, le même qui avait si courageusement favorisé son évasion de Lochleven, Georges Douglas, ^ ^ remontra à Jacques, dans les termes les plus vifs, qu'il y allait de son honneur de sauver sa mère. En même temps, avec une noble indépendance, *il l'engagea à ne pas prêter l'oreille aux venimeuses calomnies répandues contre elle par quelques

hommes dangereux auxquels il accordait trop de confiance et qui étaient soudoyés par Elisabeth pour entretenir entre la mère et le fils une inimitié mortelle '• Jacques resta sourd à ce généreux appel. '

«Comment m'est-il possible d'aimer ma mère, s'écrîa-t-il, ou d'approuver ce qu'elle a fait? N'a-t-elle pas écrit à Fontenay, l'ambassadeur de France , ici résidant , que si je ne me conformais à ses vœux et à ses désirs , elle ne me laisserait en partage que la seigneurie de Darnley? N'a-t-elle pas travaillé de toutes ses forces à m' enlever la couronne? à mettre à ma place un régent? Ne s'est-elle pas obstinée jusqu'à présent à garder sa religion papiste?

— La raison en est fort simple , repartit Douglas , consciencieux et ferme partisan de la Réforme, mais que n'aveuglait aucun fanatisme : elle tient à sa foi et la garde parce qu'elle a été élevée dans le sein de cette religion, de même que Votre Majesté garde la croyance qui lui a été enseignée dans son enfance.». Et voyant la conduite de vos guides religieux, la reine votre mère croit plus convenable de vous amener à ses opinions que de partager les vôtres.

— La vérité est, dit le roi en souriant, que j'ai été élevé

* Miss Stricklasd, l. VII ; Tytler, t. VIII ; Uosack, t. II, p. 447. 2 H08ACK, t. II, p. 447.

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