‹ Marie Stuart, son procès et son exécution, d'après le journal inédit de Bourgoing, son médecin; la correspondance d'Amyas Paulet, son geôlier, et autres documents nouveauxChapitre 162 sur 226 · CHAPITRE DIX-SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIEME

par des ministres mutins et fripons..* mais, après tout, je crois que ma relig[ion est la seule vraie '. »

Cependant, le mattre de Gray insinuait à Walsingham que le roi, bien quMl semblât très-ardent à demander que la vie de sa mère fût épargnée, pourrait être fort adouci par une augmentation de pension, et surtout par une reconnaissance, par le Parlement, de ses titres à la couronne d'Angleterre *. Elisabeth ne se trouvant « nullement disposée à se délivrer d^un péril à un si haut prix ' » , Jacques fit entendre d^une manière significative que , si elle persistait dans son refus , il était résolu à intervenir.

Il faut bien le dire, le jeune roi avait été entretenu jusque-là dans les plus dangereuses illusions par Thomme de son entourage dont il aurait dû se défier le plus , par Ârchibaid Douglas, qu'il avait imprudemment envoyé à Elisabeth pour faire appel à sa clémence. Or, tandis que le traître s'entendait avec Patrick de Gray «pour rassurer le fils, il conseillait secrètement en Angleterre d'exécuter la mère ^ « . Mais aux nouvelles alarmantes qui parvinrent enfin à ses oreilles , Jacques changea ou feignit de changer d'attitude. Dans ses entretiens avec Courcelles, il paraissait ému, et l'ambassadeur a eu soin de recueillir les curieux entretiens qu'il eut alors avec lui. « La situation de la reine ma mère, lui disait le jeune roi, est la plus étrange dont on ait ouï parler depuis la création du monde. A-t-on jamais lu dans l'histoire qu'une princesse souveraine ait été rete-

^ Tttleu, t. VIII; Mis» S^khickland, t. VII; Négociations de Courcelles^ édition du Banatyne Club.

2 Le maître de Gray a Walsingham, 11-21 octobre. Froode*8 Uistory of Engtandy Reign of Elisabeth, vol. VI.

^ Walsingham a Davison, 13-23 octobre, Mss. Scotland. Frovde's History vf England, vol. XII.

^ Jules Gauthier, t. II. La trahison d*Arcbibald Douglas «t de Gray résulte clairement de leurs propres lettres. Voir Mdrdin, p. 568, 573, 575, et l'Appendice à V Histoire d* Ecosse de Robertsox.

nue pendant un si grand nombre d'années par un monarque son voisin , auprès duquel elle serait venue chercher protection et justice? » Puis il s'étendait sur la noble manière dont sa mère avait défendu sa cause devant les commissaires. Il rappelait « qu'elle avait montré à rassemblée une bague qu'elle avait reçue de la reine. d'Angleterre comme gage d'amitié , et sur la foi de laquelle elle était venue se livrer elle-même pour subir cette misérable captivité de dix-neuf ans ' » . a Elle s'est comportée si bravement au milieu de ses ennemis, poursùivait-il , que beaucoup d'entre eux sont restés muets d'admiration en écoutant ses paroles, et ont déclaré qu'aucun orateur n'aurait pu parler plus éloquemment sur un tel sujet et d'une feçon plus convenable. » Pour se justifier de son peu d'énergie à disputer la vie de sa mère , il disait enfin qu'Elisabeth avait protesté qu'elle ne répandrait jamais le sang de sa captive, mais que son désir était de la voir en sûreté en France. « Elle a donné, disait-il» l'assurance à mon ambassadeur Ârchibald Douglas que rien au monde ne la ferait consentir à la mort de la reine Marie , ni à la signature d'aucun acte de condamnation, malgré les instances de son Conseil et de son Parlement, lesquels sont fort effrayés de la vengeance que ma mère pourrait exercer contre eux dans le cas où elle survivrait et viendrait à changer la religion établie en Angleterre '. »

Enfin, mieux instruit du véritable état des choses, Jacques envoya à Londres, comme ambassadeur extraordinaire, sir William Keith, jeune homme sans expérience et qui n'avait pour lui que des sentiments de droiture et d'honneur. Il était porteur d'une lettre du roi pour Elisabeth, conçue dans les termes les plus pressants et les plus forts, ainsi que de plusieurs autres lettres pour les cinq ou six hommes les plus influents de

1 Le même incident a été raconté, d^une manière très-dramati({ue, par Fraser Tttlkr.

2 Courcelles à Henri JIl, 30 novembre 1586. GoTTO:f . libr. Calcula, c. ix^ p. 443; Misa Stricklakd, t. VU.

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